Loiret Agricole et Rural 22 mai 2015 à 08h00 | Par Olivier JOLY

Jean Daudin : «Les agriculteurs en ont ras-le-bol !»

Le jeudi 7 mai à Pithiviers-le-Vieil, avait lieu l’assemblée générale de la FDSEA : son président répond à nos questions.

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«La FNSEA est un syndicat majoritaire car il est capable de faire des propositions.»
«La FNSEA est un syndicat majoritaire car il est capable de faire des propositions.» - © Olivier JOLY

Loiret agricole et rural : Entre conjoncture économique difficile et lourdeur des contraintes, les agriculteurs sont exaspérés !

Jean Daudin : Ils sont plus qu’exaspérés : lors de la manifestation du 29 avril dernier, on n’a eu aucun mal à les mobiliser afin qu’ils montrent leur ras-le-bol ! Ce n’est pas parce que les agriculteurs sont des gens responsables qu’ils n’en ont pas plus que marre ! Économiquement, les exploitations sont devenues tellement fragiles que, si on les recharge administrativement, les gens en arriveront à commettre des bêtises. Des choses qu’on pourra regretter. Et ce n’est pas comme cela qu’on construira l’avenir de l’agriculture.

LAR : Lors de votre intervention, vous avez eu des propos sévères à l’égard du ministre de l’Agriculture : que reprochez-vous à Stéphane Le Foll ?

J.D. : Ce que je lui reproche le plus, c’est d’être dogmatique. L’agriculture du XXIe siècle n’est plus celle de mon grand-père avec ses sabots. De nos jours, l’agriculture se veut technique, productive et qualitative. Monsieur Le Foll est resté sur des stéréotypes, complètement dans ses rêves. Et toute l’équipe de fonctionnaires qui l’entoure est dans le même état d’esprit. Aujourd’hui, l’agriculture, ce n’est pas un rêve, c’est une réalité passant par de la technique et de l’économie.

LAR : Vous critiquez Le Foll mais vos griefs s’adressent-ils également à la Direction départementale des Territoires ?

J.D. : Je critique Le Foll mais comme j’aurais pu critiquer d’autres ministres. Par principe, je demeure apolitique. La DDT ne fait qu’appliquer des instructions provenant du niveau national. Expliquer l’inexplicable : je plains plutôt les fonctionnaires de la DDT ! Ils sont entre le marteau et l’enclume. Entre une réglementation absurde et inapplicable et des agriculteurs qui en ont ras-le-bol. Un jour ou l’autre, malheureusement, cela se retournera contre les gens de l’administration : une personne exaspérée peut être amenée à faire n’importe quoi. C’est la raison pour laquelle je dis au ministre : «Dépêchez-vous de réagir !»

LAR : Au fond, que veulent les agriculteurs ?

J.D. : Le ministère ne doit pas être là pour nous contrôler et nous contraindre mais pour nous aider à entreprendre afin que nous vivions dignement de notre métier. Les agriculteurs ne sont pas contre l’environnement. Arrêtons de les accabler en permanence de normes, de contraintes et de reproches qu’on fait passer par l’intermédiaire des médias et qui donnent une fausse image de ce qu’est l’agriculture !

Plus de cent pages de résultats !

LAR : Pour un agriculteur, que signifie la notion d’entreprendre ?

J.D. : Être chef d’entreprise, savoir investir. Mais, pour pouvoir investir, il faut avoir de la visibilité. Pas des réglementations qui changent tous les matins ! Qu’il s’agisse de la fiscalité ou de la cartographie au niveau de la PAC. Pour un chef d’exploitation, c’est ingérable !

LAR : Qu’est-ce qui fait la force de la FNSEA ?

J.D. : Son réseau d’agriculteurs qui, à différents niveaux, acceptent de prendre une petite partie de la responsabilité. La FNSEA est un syndicat majoritaire car il est capable de faire des propositions. Les réflexions partent de la base puis remontent au niveau national et redescendent afin de trouver une ligne commune : une démarche qui nécessite du temps, ce que nous avons parfois du mal à faire comprendre à nos agriculteurs. Mais je leur dis souvent de regarder tous les acquis de la FNSEA : sans le syndicalisme, où en seriez-vous ? C’est facile de râler dans sa cours de ferme mais il faut remercier les agriculteurs qui portent les dossiers !

LAR : Dans le département du Loiret, quel est le dynamisme de ce réseau ?

J.D. : Nous avons une histoire qui fait que nous sommes forcément dynamiques ! Le président de la FNSEA est originaire du département : la preuve que celui-ci a su s’engager. C’est aux nouvelles générations de continuer sur ce modèle-là. Comme l’a dit Cédric Boussin (NDLR : président des Jeunes Agriculteurs) lors de la partie statutaire, c’est ensemble que nous arriverons à faire avancer la machine. Tout seul, on n’y arrivera pas.

LAR : Quels sont les grands acquis que les agriculteurs doivent à la FNSEA ?

J.D. : Il y a déjà la Politique agricole commune, même si on l’a beaucoup critiquée. Si la FNSEA n’avait pas fait des propositions à François Hollande, la PAC version Le Foll aurait été bien plus catastrophique que ce que nous avons aujourd’hui ! Et on y travaille encore. Le remboursement de la taxe sur les produits pétroliers : qui le défend chaque année devant Bercy ? C’est la FNSEA ! Qui s’est opposé à l’interdiction de traiter à 200 m des habitations ? C’est la FNSEA ! Qui a proposé une alternative à l’arrêté abeille ? C’est encore la FNSEA ! J’encourage les gens à aller sur le site Internet de la FNSEA afin de voir tout le travail qui est fait. Plus de cent pages de résultats qu’on arrive à obtenir chaque année !

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