Loiret Agricole et Rural 23 octobre 2015 à 12h00 | Par Sabrina BEAUDOIN

Qualité et quantité sont au rendez-vous !

D’août à fin octobre, place à la cueillette dans le Loiret. Faisons un tour dans les vergers pour connaître la qualité 2015.

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On observe la régression de l’amidon.
On observe la régression de l’amidon. - © Sabrina Beaudoin

A Semoy, au Gaec des Sapins, la récolte des fruits a débuté en août avec la cueillette des poires. L’exploitation de 18,8 hectares basée sur deux sites, un à Tigy l’autre à Semoy, est en pleine récolte de pommes et poires. Quinze jours, trois semaines avant le début de la cueillette, Betty Fidalgo, conseillère Coveta, se rend sur les exploitations afin de réaliser plusieurs tests de maturité sur les fruits.

Fermeté, teneur en sucre, amidon

Les tests réalisés sont effectués sur quelques fruits pommes et poires, une moyenne est ensuite établie. «Certains fruits peuvent être plus avancés que d’autres ou inversement, c’est pourquoi en faisant une moyenne, nous avons une vision globale de la situation» souligne Betty Fidalgo qui définit tout d’abord la fermeté du fruit. Ce test, réalisé avec un pénétromètre, permet d’estimer le niveau de maturité du fruit. En vieillissant, le fruit perd de la fermeté ce qui correspond à la dégradation du ciment intercellulaire (pectines). «Cela permet d’évaluer la durée de conservation du fruit mais aussi d’orienter un lot vers un mode de conservation. Dans le cas présent, pour la Passe Crassane, une fermeté de fruit au-dessus de 5kg/0.5cm2 permet d’envisager une conservation longue durée (mars/avril), en dessous il faut le vendre rapidement (décembre)» La pomme est conservée au frigo entre 1°C et 3°C, la poire est conservée en froid négatif entre 0°C et -1°C.

Ensuite, Betty Fidalgo prélève une goutte de jus afin de définir la teneur en sucre. «Cette année, ce n’est pas un critère primordial pour traduire un niveau de maturité car avec l’ensoleillement que nous avons eu en été, nous savons que le taux de sucre sera très bon».

Le taux d’ensoleillement est un facteur important pour avoir une bonne teneur en sucre dans un fruit mais pas seulement. L’amplitude thermique peut jouer un rôle. Les degrés jouent sur la maturité du fruit mais aussi la lune. Cette dernière fait rosir le fruit, surtout sur la pomme.

Un autre test est réalisé, plus spécifiquement sur la pomme, c’est le test amidon. A l’aide d’un mélange iode et iodure de potassium, Betty Fidalgo observe la régression de l’amidon, c’est à dire, la transformation de l’amidon en sucre. «L’amidon est coloré en noir et au fur et à mesure qu’il se transforme en sucre, il disparaît. Nous avons ensuite des planches qui nous permettent de voir à quel stade de maturité se trouve la pomme» précise la conseillère.

La coloration des pépins (notamment chez la poire) peut aussi être un critère de maturité.

La météo, un allier-ennemi en arboriculture

«Nous sommes basés sur deux sites pour pallier aux aléas climatiques. A Tigy, la moitié de notre récolte de poires a été perdue cette année. Le 24 août, il y a eu un gros coup de vent et beaucoup de fruits sont tombés. Cela fait une grosse perte pour nous » explique Sylvie Bergere du Gaec des Sapins.

Les agriculteurs sont soumis au facteur temps, qu’importe leur spécialité. Pour les arboriculteurs, la météo peut réduire à néant leur travail. «Un orage, un coup de grêle et vous perdrez toute une récolte» explique Sylvie Bergere.

Depuis plusieurs années, les arboriculteurs n’assurent plus leurs vergers car les remboursements (avec franchise) couvrent difficilement les cotisations à payer. C’est la raison pour laquelle, la majorité des vergers sont recouverts de filets para-grêle. «Beaucoup d’argent a été engagé au départ. Entre 35 000 et 40 000 € à l’hectare pour la plantation ainsi que des heures de main d’œuvre pour amener un verger jusqu’à la récolte (en moyenne, près de 700H/Ha sont nécessaires pour produire pommes et poires). On ne conçoit plus la production de pommes et de poires sans filets car, outre la destruction des fruits par la grêle, c’est aussi une perte potentielle des marchés qui est redoutée» précise Betty Fidalgo, conseillère Coveta.

Le filet de protection est placé après la floraison, en avril. A l’automne, il est replié. C’est un système contraignant qui demande du temps mais qui devient aujourd’hui incontournable pour protéger les vergers. Notons que cette année avec la canicule, les vergers ont été arrosés une fois par semaine au lieu d’une fois tous les quinze jours  dans des conditions normales.

Main d’œuvre et variétés disparues

Certaines variétés comme la poire Passe-crassane, interdite de replantation depuis les années 80, sont rares. Seulement 14 hectares sont cultivés dans le Loiret.  Cette variété a un cycle végétatif de 200 jours entre la floraison et la récolte. Au Gaec des Sapins, c’était la fin de la cueillette. On note un rendement de plus de 50 tonnes par hectare. Cette variété nécessite peu d’entretien contrairement à une autre, plus commune, la Conférence qui demande beaucoup d’attention. «La Conférence est une poire de gros calibre. Naturellement, elle n’atteindrait pas le calibrage demandé. Il faut lui apporter de l’eau, éclaircir l’arbre et surtout retirer des fruits car il en faut peu sur le poirier pour que les quelques restantes grossissent. Il faut compter au moins 150 à 200 heures à l’hectare. C’est beaucoup de travail et de main d’œuvre» explique Betty Fidalgo.

La main d’œuvre en arboriculture n’est pas facile à trouver. Même si le projet d’un robot avait été pensé dans les années 80, la cueillette se fait toujours à la main.  Il faut du personnel sérieux et surtout fiable. «Si on embauche du monde et qu’ils ne viennent pas, on perd gros, car quand la cueillette commence, on ne s’arrête plus. S’il manque du personnel, qui était prévu, alors les fruits ne sont pas ramassés à temps et c’est un manque à gagner énorme» explique Sylvie Bergere. En plein pic, le Gaec des Sapins emploie jusqu’à 28 cueilleurs.

Cette année est plutôt une bonne année ou quantité rime avec qualité. On pourrait presque qualifier cette récolte de «millésime exceptionnel» !

Quelques chiffres

Le COVETA ( Centre Orléanais de Vulgarisation et d’Etudes des Techniques arboricoles) est un des groupements spécialisé de la chambre d’agriculture du Loiret. Il suit environ 50 exploitations soit :

520 hectares de vergers sur le Loiret.
• 200 hectares de poires avec un potentiel de 7 500 tonnes.
• 200 hectares de pommes avec un potentiel de 8 000 tonnes
• 120 hectares de cerises.

Les pommes les plus cultivées sont les Gala 68 ha et les Golden 40 ha

Les poires les plus cultivées sont les Conférence 72 hectares et les Comice 58 Ha.

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