Loiret Agricole et Rural 05 octobre 2018 à 13h00 | Par Sabrina Beaudoin

Une meilleure année en 2018

Les observatoires CerFrance Alliance Centre ont présenté leurs premiers résultats de la récolte 2018, mardi 25 septembre à Saint-Jean-de-la-Ruelle.

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- © Sabrina Beaudoin

Après un panorama des résultats 2017 sur un panel de près de 500 exploitations, le CerFrance Alliance Centre a présenté les premières tendances de la récolte 2018. « Nous voulons être au plus près de nos adhérents en créant des réunions en région. Nous sommes là pour motiver les agriculteurs à aller au delà de leur exploitation » débute Didier Perrier, directeur du territoire du Loiret.

Les agriculteurs doivent faire face à un environnement très mouvant. En effet, « l'année 2018 montre un certain redressement pour certaines exploitations mais pour d'autres, le cap risque d'être difficile à passer. On ne compense pas deux ou trois années difficiles avec une seule année correcte » poursuit-il.
Le Cer-France Alliance Centre souhaite donc accompagner les agriculteurs qui sont en difficultés financières et psychologiques car les deux sont liées.
Premier constat, depuis dix ans, le nombre d'exploitation en système grandes cultures simple diminue. La part des exploitations qui cultivent des betteraves ou des légumes en plus des grandes cultures augmente. Il semblerait, au regard des résultats présentés, que les exploitations en système grandes cultures avec betteraves s'en sortent mieux.

Hausse du prix du blé
Depuis 2013, le prix du blé avait tendance à baisser. En 2018, la courbe est inversée. Le prix est en augmentation depuis la récolte de près de
40 euros/ha. Par contre, pour le colza, rien ne va plus. Depuis cinq ans, les prix ne cessent de baisser.
En termes de rendements, sur le département, 2018 est une année moyenne selon les cultures. Pour le blé, les résultats sont pratiquement identiques à ceux de 2017
(69 quintaux en moyenne), tout comme pour l'orge d'hiver. Notons qu'en 2018, les cartes ont été redistribuées. Les zones à fort potentiel ont eu de bons rendements contrairement à 2017. Par contre, les rendements en blé dur ont augmenté, tout comme ceux de l'orge de printemps.  Les rendements en colza ont connu un recul significatif de 0,5 t à l'hectare.
Notons que la sécheresse aura nécessairement un impact sur la récolte de maïs. Il est encore trop tôt pour dresser un bilan.
Les observatoires ont analysé dans un premier temps, les données de 149 exploitations en grandes cultures sans betteraves ni légumes. « Les cultures qui ont été les plus pénalisantes cette année ce sont le colza et le maïs » précise Nicolas Roche, chargé de références.

Nicolas Roche poursuit son intervention avec l'évolution du produit par hectare entre 2017 et 2018. « Nous avons au produit 2018 qui a augmenté de 10 % grâce à l'effet prix (+155EUR/ha). Nous avons un produit de 1290EUR/ha ce n'est pas plus élevé qu'en 2014 ou 2015 et ce qui est bien loin des meilleures années comme 2012 » indique-t-il.
Au niveau des charges, le Cer-France Alliance Centre enregistre une hausse de 2 % notamment dû à la hausse des charges sociales exploitants de 36 %.
« Depuis 2010, nous avons eu trois bonnes années, suivis de quatre mauvaises voire très mauvaises et puis de deux moyennes. Sur ces neuf années, on a une moyenne de moins de 10 000 euros de revenu par personne. Si on fait une moyenne sur 5 ans, nous sommes à moins 5 000 euros ! » explique-t-il. Comme l'a précisé Didier Perrier en ouverture, 2018 est une bonne année mais elle ne pourra pas gommer toutes les mauvaises en un revers de la main.
Notons que pour les exploitations en système grandes cultures sans betteraves ni légumes, 16 % des exploitations sont déficitaires, 34 % touchent entre 0 et 20 000 euros, 32 % entre 20 000 et 50 000 et seulement 18 % des exploitations enregistrent un revenu de plus de 50 000 euros.

« Nous avons constaté que plus la taille de l'exploitation est importante plus la variabilité est faible » souligne Nicolas Roche.

215 euros/ha : coût de revient du blé en 2017
La question sur la connaissance du coût de revient du blé s'est une nouvelle fois posée. Pas suffisamment d'agriculteurs ont conscience de leur coût de revient. N'oublions pas que la récolte est liée aux conditions météorologies et que d'un secteur à un autre, la situation est différente. L'aspect réglementaire aussi peut poser un problème. Avec la disparition potentielle du glyphosate, les agriculteurs risquent de voir leur coût herbicide à l'hectare augmenter sans obtenir meilleure satisfaction. « Il y a des coûts aléatoires à prendre en compte dans ce coût de revient» précise Remi Dumery, cultivateur et vice-président de Cer-France Alliance Centre. «Parfois nous sommes dans une impasse technique et le niveau de charges peut augmenter pour tenter de trouver une solution » Cette année, le coût de revient moyen est de 215 euros/t. La valorisation du blé ne couvre pas le coût de production. Toutefois, avec les aides et la hausse du prix du blé, cela permet d'arriver à l'équilibre et cela n'était pas arrivé depuis 2012.
A noter que la première variable d'ajustement de l'EBE  (Excédent brut d'exploitation) ce sont les prélèvements privés. En 2017, les agriculteurs n'ont pas réalisé de prélèvements privés ! Ils ont mobilisé tout ce qu'il y avait comme réserve pour pouvoir vivre.

Pour les exploitations en grandes cultures avec betteraves, il faudra s'attendre à un rendement mauvais en betteraves sans parler des conditions d'arrachage. Le prix ne devrait pas non plus compenser la baisse du rendement !

De nouveau, le produit par hectare est en augmentation de 6 % face à des charges plutôt stables. « Sur une moyenne depuis 2010, on enregistre autour de 20 000 euros de revenu par personne. Même si la betterave pose un certain nombre de question, le système en grandes cultures avec betteraves gardent une certaine supériorité » précise Nicolas Roche.

« En 5 ans, on constate la diminution de l'autonomie financière. En 2012 on était à 62% d'autonomie financière contre 49 % aujourd'hui. Les mauvaises années on les retrouve dans la situation du bilan avec l'aggravation de l'endettement (à court et long terme) depuis 2012, date à laquelle il n'y avait pas de possibilité d'ATR (apport de trésorerie remboursable) » Indique Jean-François Le Pironnec, directeur du conseil.

« En 2018, nous avons très peu d'amélioration sur la santé financière des exploitations en système grandes cultures sans betteraves ni légumes.
45 % des entreprises restent sensibles et fragiles. En système de grandes cultures avec betteraves la situation est meilleure et les exploitations se redressent un peu plus depuis 2016 mais nous enregistrons encore 37% des entreprises avec un niveau de risques élevés » poursuit-il.

Notons que pour les exploitations en système grandes cultures avec betteraves, toutes régions confondues sur le Loiret, 8 % des exploitations sont déficitaires, 30 % touchent entre 0 et 20 000 euros, 36 % entre 20 000 et 50 000 et seulement 26 % des exploitations enregistrent un revenu de plus de 50 000 euros.

« Notre panel est très hétérogène. Nous avons 10 % d'agriculteurs entrepreneurs qui sont dans une dynamique de transformation ou diversification, 40 % d'agriculteurs qui sont dans une dynamique de gestion et 50 % qui sont en retrait » précise Eric Achour, directeur général. Les 50 % des agriculteurs en retrait sont tout simplement fatigués... «Le comportement par rapport au changement est déterminant. Il y a plusieurs options possibles mais nous sommes dans un moment charnière où il faut faire des choix structurels ou stratégiques il faut avoir le bon projet pour repenser à l'agriculture de demain » conclut-il.

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