Loiret Agricole et Rural 22 mai 2014 à 09h42 | Par Sabrina Beaudoin

Réflexion - La méthanisation est-elle rentable ?

L’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (Ademe) a organisé une journée technique nationale consacrée à la méthanisation le 14 Mai à Paris.

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Journée technique nationale sur la méthanisation.
Journée technique nationale sur la méthanisation. - © Loiret agricole

Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, la méthanisation connaît un nouvel essor, notamment dans le secteur agricole. Fin 2013, selon l’ADEME, 305 installations de méthanisation étaient en fonctionnement, 140 à la ferme. Mais cette pratique qui permet de produire une énergie renouvelable à partir des déchets organiques (énergie valorisable en électricité, chaleur ou carburant) a un coût et sans aide publique, l’activité n’est pas rentable. Début 2014, l’ADEME a fait réaliser une étude sur les coûts d’investissement et sur la rentabilité de 21 installations de méthanisation. Selon Sandrine Banville, directrice de la programmation Biomasse Normandie, « les coûts d’installation en euros par kW électrique installé sont moins élevés qu’attendus mais la filière a toujours besoin de soutien financier pour être rentable ».

4 000 euros d’économie

Denis Brosset, Gaec du Bois Joly en Vendée, fait partie des agriculteurs qui ont opté pour la méthanisation et qui, sans les aides publiques, n’aurait jamais pu se lancer. L’exploitation dispose d’une surface agricole de 68,4 ha essentiellement dédiée à la production de fourrage pour les vaches et les lapins. Aujourd’hui, il dispose d’une consommation de 30kW/h, soit une consommation de 60 à 70 ménages, revendus 11cts à EDF pour partie. Mais cette production ne se fait pas toute seule.  « Je mélange le fumier de mes vaches, avec celui de mes lapins, des légumes impropres à la consommation que je récupère des grandes surfaces, des tontes de pelouse de voisins ou de la commune. Il faut compter une petite journée pour enlever la bâche, remplir le silo et refermer la bâche. Le gaz récupéré sous les bâches va vers le moteur adapté pour le bio gaz. Il est ensuite mélangé à l’air et ensuite la génératrice produit le courant. Je m’en sers comme chauffage pour mes bêtes et pour moi et j’en revends » Son installation repose sur une technologie en voie sèche à alimentation discontinue. Denis Brosset s’est lancé en 2008 et après deux années d’apprentissage, il économise aujourd’hui près de 4000 euros en chauffage. Mais il a été aidé à près de 44 % (61.200 euros à titre expérimental par l’Ademe et 68.800 euros à titre innovant par le conseil général de Vendée). Il espère un retour sur investissement dans les 5 ans… D’après les études de l’Ademe, il est clair que l’équilibre économique des unités de méthanisation demeure fragile. Selon une étude de l’Ademe, la part du biogaz pourrait fournir 3 à 3,5 % de la production d’énergie en 2030 et 2050 et on prévoit qu’en 2050, 50 % du gaz réseau seraient constitués de biométhane. Un programme européen Green Gas Grids est actuellement mis en place. La France est l’un des acteurs de ce projet qui vise à stimuler le marché européen du biométhane. Pour la France, entre 12 et 30 TWh de biométhane pourraient être injectés dans le réseau d’ici 2030.
L’objectif ? Obtenir 1 000 unités de méthanisation en 2020, en grande partie agricoles.

«  Un comparatif des méthaniseurs français et allemands dans notre parution du 30 mai ».

Près de 90 % du gisement estimé pour 2030 provient du monde agricole.
Près de 90 % du gisement estimé pour 2030 provient du monde agricole. - © Loiret agricole

133 millions de tonnes de gisement à l’horizon 2030

Selon Julien Thual, ingénieur au service prévention et gestion des déchets de l’Ademe, le gisement accessible à l’horizon 2030 est estimé à 133 millions de tonnes de substrats, hors cultures principales dédiées. Près de 90 % sont issus du monde agricole (effluents d’élevage 55 %, résidus de culture 4 %, déchets, fauches de prairie, CIVE (cultures intermédiaires à vocation énergétique implantée entre deux cultures principales pour être valorisée sous forme d’énergie) 29 %). « Cet apport pourrait être transformé en 70 000GWh d’énergie primaire dont 85 % issue du monde agricole » explique-t-il. Certaines entreprises jouent le jeu comme McDonald’s France.

 

Sophie Boucher, manager environnement et développement durable pour McDonald’s France précise « Nous avons deux restaurants pilotes qui produisent environ 30Kg de biodéchets par jour. Les déchets sont acheminés à Etampes et sont revalorisés par méthanisation en biogaz ou digestat. Il s’agit des graisses des grills, des déchets des filtres des friteuses, des pertes de produits bruts, des produits finis en perte et du marc de café. »

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