Loiret Agricole et Rural 10 juin 2016 à 08h00 | Par Sabrina Beaudoin

Post 2017 : le prix unique doit couvrir les coûts de production

L’assemblée générale de la SRB s’est tenue jeudi 2 juin à Bazoches-les-Gallerandes.

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- © Sabrina Beaudoin

Le Syndicat Régional Betteravier, sous la présidence d’Alexandre Pelé, a tenu son assemblée générale à Bazoches-les-Gallerandes, jeudi 2 juin. Alain Jeanroy, directeur de la Confédération Générale des planteurs de Betteraves (CGB), a animé l’assemblée générale et la table ronde qui a suivi. Avec la fin des quotas, le marché de la betterave va être libéralisé et la production sera, de ce fait, augmentée. Les planteurs s’inquiètent de connaître le même sort que la filière laitière, à savoir la chute des prix.

Compétitivité, concurrence, planteurs

Alexandre Pelé, président du SRB revient sur une année 2015 difficile pour le syndicat régional. «La filière est en pleine mutation. Les planteurs viennent de semer leurs dernières betteraves sous quotas, les propositions pour 2017 s’accélèrent en plaine. Je retiens trois points :

  • Compétitivité : Dans les exploitations : il faut connaître rapidement nos coûts de production pour pouvoir les optimiser. Dans les usines : l’allongement des campagnes sera indispensable pour réduire les coûts de fabrication
  • Concurrence : la libéralisation des marchés va engendrer une concurrence effrénée entre les groupes industriels sur le terrain.
  • Planteurs : Au cœur du dispositif. 95% en coopérative dans la région, les planteurs sont donc décisionnaires.

La surface cultivée en betteraves dans la ferme Loiret a augmenté de 25 % en 10 ans. C’est une culture adaptée à la région et elle est rémunératrice. L’organisation interprofessionnelle et économique est solide »

L’année 2017 sonne la fin des quotas et du prix minimum garanti. La conséquence de cet arrêt, ce sera l’augmentation de la production comme ce fut le cas pour la filière laitière, les prix devraient donc chuter… Toutefois, la filière betteravière se dit mieux organisée et assure que l’avenir post 2017 sera aussi fructueux qu’aujourd’hui.

«Il faut transformer cette contrainte en opportunité » affirme Eric Lainé, président de la CGB. « La répartition du prix du sucre en planteurs et fabricants (44% pour l’un et 56 pour l’autre) ne doit pas changer après la fin des quotas »

Baisser les coûts de production

Tonnage x Prix – Coût de production = Revenu

La SRB parle d’un coût de production de 25,5€/T, un chiffre repère. Dans la salle, les agriculteurs ne sont pas tous d’accord avec ce chiffre. «A ce prix là, on ne mange pas, il faut juste produire !» chuchote un agriculteur. En effet, pour obtenir ce coût de production, il faut un rendement d’au moins 89T/ha à 16 de richesse. «Nous sommes conscients au SRB que tous les planteurs ne sont pas à 89T. Notre objectif est de remonter tout le monde vers le haut et de ne laisser personne en chemin» assure Alexandre Pelé.

Edouard Billard, agriculteur sur Toury, représentant les planteurs lors de la table ronde assure que ce coût de production reflète la réalité. «En tant que chef d’exploitation, j’avais besoin de savoir mon coût de production. Sur l’année 2015, je tournais autour de 24€/T, mais les années précédentes, nous étions plus autour de 25€. Pour les réduire, je réfléchis au mieux sur mes interventions phytosanitaires» précise-t-il.

Le SRB propose des pistes pour réduire ses coûts de production. Bien choisir sa variété, réduire sa densité de semis, utiliser des outils d’aide à la décision pour le bilan azoté à la parcelle, éviter le traitement systématique, mieux gérer sa récolte… Le gain obtenu varie entre 80 et 250 €/ha. «Le choix variétal est un point fort. Il faut faire un équilibre entre la richesse et le poids» souligne Alain Jeanroy.

Comprendre le marché

Pour comprendre le marché, il faut déjà analyser le prix du sucre à l’échelle mondiale. «Au marché mondial, il faut se baser sur le marché à termes de New York, sur le sucre roux. Vendredi 27 mai, il était à 17,52 cts/T soit 386 $/T. Pour le transformer en sucre blanc, il faut prendre en compte la prime de blanc qui est aux alentours de 100 $/T. Sur un marché à termes à 386 $/T, le sucre blanc sera compétitif à partir de 486 $ la tonne. En euros, le sucre blanc serait compétitif à partir de 439 € la tonne. Il faut compter 50 € la tonne pour le transport. Le prix sortie usine serait de 385 € la tonne, on se rapproche donc du prix de la betterave de 25,60 € la tonne» explique Timothé Masson, responsable du secteur marché français, européen et mondial à la CGB.

Notons que la prime de blanc est prévue pour couvrir les prix de transformation du sucre roux en blanc.

L’important n’est pas seulement de connaître le prix à l’étranger, c’est aussi de prendre conscience de la consommation et de la production mondiales.

« L’arrêt des quotas laitiers a affaibli la filière. J’ai confiance en l’avenir du secteur betteraves» avoue un agriculteur dans la salle. Toutefois, certains s’inquiètent du « prix unique » et de son équité.

Débat sur le prix unique

« Prix unique = (prix pour le marché intérieur x quantité vendue + prix export x quantité vendue + prix Ethanol x quantité vendue) / ensemble des betteraves » précise Alain Jeanroy.

 

« Le prix unique des fabricants a été décidé pour éviter des prix trop bas. Pour la CGB, ce sera compliqué de comprendre si la valorisation de la betterave est bien en adéquation avec le prix des produits finis, sur l’export ou sur le marché européen » précise Eric Lainé.

Le prix du sucre sera beaucoup plus volatile avec la libéralisation du marché. Il est important de retenir que chaque marché à termes à sa spécificité, New York c’est pour le sucre roux mondial et Londres c’est du blanc mondial. Il faut donc utiliser le bon outil au bon moment. « Le marché à termes est une opportunité pour nous d’avoir une certaine transparence sur le prix. » avoue Edouard Billard, agriculteur à Toury.

Eric Lainé conclu l’assemblée générale « Le prix de la betterave ne doit pas descendre en dessous de 25,5 €/T. Toutes les propositions de prix des fabricants, post 2017, ont pris en compte le prix minimum de référence pour fixer leur prix unique. Seul bémol, ce prix est pulpe incluse et nous ne partageons pas cette approche. La pulpe doit venir en plus du prix de la betterave. » Lors de la fin de la campagne 2017-2018, lors du paiement du prix définitif de la betterave, le syndicat se promet d’intervenir si le juste prix n’a pas été couvert.

Quelques chiffres sur la campagne 2015-2016

  • 26 000 planteurs en France
  • 382858 hectares ensemencés
  • 33,7 millions de tonnes de betteraves à 16
  • 3,5 millions de tonnes de sucre
  • 2,2 millions de tonnes de sucre consommées en France
  • 7 millions d’hectolitres d’alcool et éthanol produits

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