Loiret Agricole et Rural 20 septembre 2020 à 16h00 | Par Doriane Mantez

Méthanisation : un projet qui peut fâcher le voisinage

Éleveur à Villemoutiers (Loiret), Nicolas Petit a entrepris des démarches pour créer un méthaniseur sur la ferme familiale. Un projet ambitieux, mais qui ne fait pas l’affaire de tous.

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Plusieurs banderoles dénonçant le projet de méthanisation ont été installées en bord de route du petit hameau où réside Nicolas Petit.
Plusieurs banderoles dénonçant le projet de méthanisation ont été installées en bord de route du petit hameau où réside Nicolas Petit. - © Doriane Mantez

Nicolas Petit, éleveur à ­Villemoutiers et président du GIEE* Méthanisation animé par la chambre d’Agriculture du Loiret, projette de créer une unité de méthanisation sur la ferme familiale.

Installé il y maintenant dix ans, en Gaec avec son frère, le jeune homme a mûrement réfléchi ce projet, qui a réellement débuté en février 2017. « J’ai envie de faire de la méthanisation à la ferme depuis une bonne dizaine d’années, explique-t-il. C’est une façon pour nous de gérer nos effluents d’élevage tout en sécurisant notre revenu grâce à la revente de l'électricité produite à EDF ».

Avec 220 ha et près de 120 vaches laitières, le méthaniseur devrait engloutir 30 tonnes de matières par jour, dont les 17 tonnes de lisier produites sur l’exploitation. Le reste sera complété par des pulpes de betteraves déclassées et de la poussière de céréales (l’équivalent d’une benne par jour).

« La base, ce sont nos effluents d’élevage. L’idée est d’avoir un méthaniseur pour ne plus avoir de stockage en bout de champ ou de fosse à lisier ».

En plein dans les démarches, qui sont déjà « lourdes et longues » pour une mise en fonction souhaitée d’ici deux ans, Nicolas Petit doit faire face à un problème qu’il n’avait pas imaginé : les voisins réfractaires !

En effet, depuis le début du mois, en lien avec le début d’une enquête publique, certaines personnes se déclarent contre ce projet et le font savoir via des pétitions, des notes sur le registre, ou encore des tracts, des banderoles le long de la route…

Installé il y a dix ans en Gaec avec son frère, Nicolas Petit s’est lancé dans un projet de méthanisation avec cogénération de 360 kWe.
Installé il y a dix ans en Gaec avec son frère, Nicolas Petit s’est lancé dans un projet de méthanisation avec cogénération de 360 kWe. - © Doriane Mantez

« Ce qui fait mal au cœur c’est que personne n’est venu nous parler directement, regrette-t-il. Surtout que ce sont des gens que l’on connaît, des voisins qui viennent acheter du lait à la ferme, pas des étrangers. Je peux comprendre qu’il y ait des inquiétudes, mais la moindre des choses c’est de venir en parler aux principaux intéressés ».

Malheureusement, parmi les onze projets agricoles faisant partie du GIEE Méthanisation Loiret, nombreux sont ceux qui subissent également de fortes critiques et pressions d’opposants.

Les principales inquiétudes sont la perte de la valeur immobilière, les odeurs, la pollution du sol, l’augmentation du trafic routier, le risque d’explosion, d’incendie ou encore la perturbation de la nidification des oiseaux…

« Dans mon cas, le méthaniseur sera sur ma propre ferme. Un lieu où il y a déjà des odeurs, des allers-­retours à la tonne à lisier, de l’épandage… Je ne suis pas un porteur de projet lambda, c’est un outil pour faire évoluer ma ferme et améliorer aussi le quotidien de mes voisins car le méthaniseur évitera les tas de fumier en bout de champ et permettra la pérennisation de mon exploitation ».

- © Doriane Mantez

Le GIEE et les agriculteurs porteurs de projets se retrouvent aujourd’hui confrontés à une association de défense de l'environnement et de la biodiversité qui a contacté la population lorsqu'elle a eu l'information d'un début de projet à Villemoutiers. « C’est quand même dingue de ne pas pouvoir faire ce que l’on veut, qui est autorisé, chez soi », regrette l’éleveur.

Lui qui n’a « jamais caché son projet » avait fait une présentation de celui-ci au cours d’un conseil municipal il y a deux ans, avait également profité du comice agricole de 2019 pour ouvrir sa ferme à près de 700 personnes et organisé une journée portes ouvertes.

« Je suis ouvert au dialogue, mais faut-il que les personnes en face le soient aussi… Il ne faut pas que les politiques nous lâchent car nous avons déjà injecté 100 000 euros pour le montage du dossier de l’Ademe**, les analyses de sols, les devis divers… Si le projet ne se fait pas, ce sera de l’argent perdu et un pas en arrière pour l’agriculture. Or je pense que les élus ont leurs cartes à jouer dans le développement des énergies vertes et le maintien de l’élevage dans le département ».

*Groupement d'intérêt économique et environnemental

**Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

 


 

 

 


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