Loiret Agricole et Rural 18 septembre 2015 à 09h00 | Par Résonnances

Les céréales, ça rapporte du blé ?

Dans la vie, on récolte ce que l’on sème. Mais quand on est agriculteur céréalier, comment les graines que l’on sème se transforment-elles en espèces sonnantes et trébuchantes ?

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 (© JC Gutner) On observe qu’il peut varier du simple au double voire… triple.
 © AGPB Le revenu des agriculteurs est très fluctuant d’une année à l’autre. Avec une seule récolte par an, et des investissements qui s’amortissent sur le long terme, ils doivent raisonner leurs revenus sur plusieurs années. © Source ministère de l’agriculture «co

L’équation est simple : le revenu du céréalier = (prix de vente – prix de revient)*rendement. Facile mais … en octobre, quand on met les graines en terre, presque toutes les données de l’équation sont des inconnues !Côté résultat au champ, ni la récolte, ni les coûts de production ne sont prédictibles car ils reposent largement sur le climat. De lui, dépendent le développement des parasites et la croissance de la culture, donc le volume et la qualité de grains récoltés.Côté prix de vente, c’est comme à Wall Street : les céréales sont soumises à la loi de l’offre et de la demande pour une catégorie de qualité donnée. Et à l’heure de la mondialisation, leur prix d’achat varie en fonction du cours des céréales du monde entier. Ces fluctuations de marché dépendent autant des variations climatiques que des enjeux géopolitiques des différents pays producteurs : orientations politiques, embargos, incitations ou restrictions à l’exportation… L’art de vendre des céréales implique quelques notions de diplomatie et de droit international !Mais ce n’est pas tout, pour l’acheteur, au prix d’une récolte s’ajoutent des frais de transport qui dépendent des cours du pétrole. Enfin, la parité des monnaies entre pays vendeurs et acheteurs intervient également.Pour résumer tout cela simplement, il suffit par exemple que la récolte de l’un des grands pays producteurs, comme les États-Unis, la Russie ou l’Argentine soit mauvaise, pour que les céréales françaises soient davantage demandées et que leur prix de vente augmente (et inversement). Ainsi le prix payé au producteur peut varier du simple au double d’une année sur l’autre. Mais en plus, les variations saisonnières sont très fortes : cette année 2014-2015 par exemple, au mois de juillet (début des récoltes en France), le prix de vente du blé était d’environ 200 € la tonne et début septembre il était tombé à 150 € (prix inférieur au coût de production  pour de nombreux agriculteurs!).Bien sûr, au delà de l’offre et de la demande, la qualité de la production entre en compte. C’est pour cela que les contrats commerciaux spécifient des bonifications ou des réfactions selon la qualité des céréales destinées à finir dans notre assiette.Vous suivez toujours ? Alors, revenons à la question posée : comment, face aux lois de ce marché concurrentiel, un agriculteur céréalier français peut-il «se faire du blé» ? Il faut que le coût de sa production (ensemble des frais nécessaires pour produire une tonne de blé) soit inférieur au prix d’achat déterminé par le cours mondial.Or, les frais pour produire une céréale sont multiples : le coût de l’usage de la terre (fermage, remboursement d’emprunts pour l’acquisition …), de la main d’oeuvre, du matériel, de l’entretien des bâtiments, des semences, engrais et autres produits phytosanitaires, la formation et l’assistance technique sans compter les charges administratives (assurances, cotisations…) et de gestion et les impôts.Loi de l’offre et de la demande, gestion des dépenses, mondialisation… Jusque là, un agriculteur ressemble presque à un chef d’entreprise comme un autre. C’est sans compter sur l’impact climatique qui détermine le volume de production mis sur le marché au niveau mondial et sur la particularité du marché économique agricole. En effet, alors que dans le commerce, la plupart des vendeurs fixent eux-mêmes le prix de vente de leurs produits (voitures, électroménager… ), ce sont les acheteurs qui imposent le prix de vente de sa production au céréalier. De plus, les pays développés n’admettent aucun risque de rupture de leur alimentation, ce qui conduit à gérer des stocks pour faire face à toute pénurie. Il n’est pas possible de travailler à flux tendu comme dans l’industrie où la voiture, par exemple, est mise en fabrication après le passage de la commande par un client !

Résultat ? Loin de se faire du blé facilement, le céréalier ne tire pas chaque année un revenu satisfaisant de son exploitation. C’est pour lutter contre ces fluctuations que la PAC a institué un système d’aides pour compenser les fluctuations de revenus des céréaliers européens, tout en pensant à la facture des consommateurs (éviter des prix prohibitifs en cas de mauvaise récolte).

Bilan ? En matière de céréales, on ne récolte malheureusement pas toujours ce que l’on sème. Les agriculteurs sont avant tout soumis à la loi du marché et aux caprices de la météo.

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