Loiret Agricole et Rural 26 octobre 2018 à 09h00 | Par Sabrina Beaudoin

Le maïs Force Violette made in France

Lors du Plan InterClusters (PIC) qui s’était tenu début octobre à Saint-Jean-de-Braye, le Loiret agricole et rural a rencontré Hugues Chalopin.

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- © Sabrina Beaudoin

Le réseau mondial des clusters du végétal (Plant InterClusters - PIC) s’était donné rendez-vous, pour sa rencontre annuelle, début octobre à Saint-Jean-de-Braye. Durant cet événement international, le Loiret agricole et rural a rencontré Hugues Chalopin qui préside la société Cerveg (ceréales au vegétal) basée à Leves, dans l’Eure-et-Loir.

Après avoir passé du temps en Amérique du Sud, notamment au Chili pour son stage d’installation jeunes agriculteurs pour produire des maïs semences, l’entrepreneur
originaire de Saumur s’est intéressé au Pérou et à son maïs violet. En voyant le succès de l’arrivée de la quinoa (produit également péruvien) en Anjou, sa région natale, il se lance et décide d’expérimenter une nouvelle filière agricole dans le même secteur.
Le maïs violet est une variété de maïs originaire de la vallée des Andes péruviennes et couramment cultivé à 3 000 mètres d’altitude. C’est un aliment dit sacré pour les Incas depuis plus de 2 500 ans car il leur permettait de réaliser la chicha morada, une boisson, non alcoolisée, nationale au Pérou.
Cette graine Force Violette  est actuellement en phase d’expérimentation. Il n’existe que trois parcelles de petites surfaces situées à Longué-Jumelles et Saint-Mathurin-sur-Loire dans le département de Maine-et-Loire. Hugues Chalopin a complétement adapté la graine violette des Incas en région Pays de la Loire. « Nous avons semé quatre variétés de maïs  Force Violette ». C’est un maïs non OGM. C’est le mélange naturel de la pollinisation des variétés qui permet d’obtenir le maïs Force Violette  et la conduite de la culture » précise-t-il. « Notre principal objectif est de faire du made in France » poursuit-il.
Cette variété violette se comporte comme les autres variétés de maïs. Le producteur n’a pas plus de contraintes à la cultiver. C’est une plante qui demande aussi beaucoup d’eau. Par contre, le Saumurois l’admet «on ne parle pas de rendement, on veut surtout de la qualité et de beaux épis. » En effet, le premier marché de la société Cerveg c’est la décoration. « Depuis le mois de mai, nous travaillons avec un hôtel quatre étoiles à Versailles. Il veut une ambiance champêtre. Nous sommes donc très exigeants sur la qualité. Nous pensons plus à la beauté de l’épi plutôt qu’au rendement» indique-t-il.
Cela dit, la société cherche quelques nouveaux producteurs. Hugues Chalopin aimerait démarrer une production biologique avec l’EARL Lhopiteau, à Néron (28) mais pas seulement. Son objectif est une production locale. « Les producteurs que l’on recherche doivent aussi devenir des ambassadeurs tout au long de la filière » précise-t-il.

Le président de Cerveg ne travaille pas seul. Il est en partenariat avec plusieurs entités comme le pole de compétitivité Végépolys ou la Cosmetic Valley. « J’insiste sur l’aventure humaine parce que tous nos partenaires sont impliqués sur toute la filière. Ils viennent nous donner la main quand nous faisons une animation. Par exemple, en juillet nous avons fait du triage à l’ancienne du grain Force Violette  à Versailles » indique-t-il.

Lors du PIC à Saint-Jean-de-Braye, organisé par Végépolys, l’entrepreneur a été en mesure de présenter son projet. Son but était d’étoffer ses relations avec les Pays-Bas. Il a rencontré Marga Vintges, conseillère en stratégie dans un pole de compétitivité basée en Hollande.
Avec ce maïs magique, peu connu et venu de l’autre bout du monde, il est important de bien communiquer. Hugues Chalopin organise alors des tournées dégustation auprès de écoles de Versailles et pas seulement ! « J’ai amené des poules au Domaine de Madame Elizabeth à Versailles et elles mangeront du maïs violet pour avoir des œufs tendant sur le violet. » assure-t-il.  Le maïs Force Violette est aussi utilisé par un champion français de la pizza et par un boulanger.

Un maïs très riche
« Au lieu de voir le rendement, on regarde aussi ce qu’il y à l’intérieur » souligne-t-il «c’est un maïs très riche. Le maïs force violette est très bon pour la santé» poursuit-il.
Il est source naturelle d’antioxydants, de phytonutriments et détient des propriétés phénoliques et flavonoïdes.

Cinq puissants antioxydants
✓ Péonidine ;
✓ Pélargonine ;
✓ Cyanidine 3-O-Bêta-D-Glucose (C3G) ;
✓ Lutéine ;
✓ Zéaxanthine.

La lutéine et la zéaxanthine sont deux antioxydants très bons pour les yeux « qui selon plusieurs études auraient un rôle dans la prévention et le ralentissement de certaines maladies oculaires telles que la dégénérescence maculaire liée à l’âge et les cataractes » ajoute-t-il. Le maïs jaune ne contient pas de lutéine.

Quelques propriétés intéressantes issues de différentes études :
✓ Anti-cancer : selon des chercheurs de l’État de l’Ohio aux États-Unis, les anthocyanes extraites du maïs violet peuvent tuer jusqu’à 20 % de cellules cancéreuses in vitro. Selon une autre étude réalisée à l’université de Nagoya au Japon, le pigment dans le maïs violet entrave le développement du cancer du côlon.
✓ Obésité/diabète/cholestérol : selon une étude japonaise, l’anthocyanine du maïs violet C3G peut prévenir l’obésité sur les souris. Cependant, un lien avec l’humain reste encore à trouver. Les bonnes caractéristiques nutritionnelles du maïs violet laissent à penser qu’elles peuvent prévenir de l’obésité mais aussi du diabète ou cholestérol.

Les anthocyanes sont aussi anti-inflammatoires et protecteurs des vaisseaux sanguins. Pour les consommer, il suffit de laisser infuser l’épi de maïs dans une bouteille de boisson fraîche. L’eau se colorera en rouge et se boit. « Les gens veulent savoir ce qu’ils boivent et mangent, savoir d’où ça vient», insiste-t-il.

L’anthocyane est un pigment naturel que l’on retrouve dans d’autres produits comme la pomme de terre vitelotte, la mûre, la myrtille.  Le maïs violet en est très riche jusqu’à quatre à cinq fois plus que la myrtille. Son pouvoir antioxydant est donc de ce fait, quatre fois plus fort que celui de ce petit fruit.
Les anthocyanes aident à la régénération des tissus et leur élasticité (création de collagène). C’est aussi une barrière anti-toxines.
Ses propriétés phénoliques le rendent bénéfique pour le système cardiovasculaire. Les phénoliques combattent le processus d’athérosclérose (épaississement des artères), luttent contre l’hypertension, aident à baisser la pression artérielle et à réduire les risques de caillots sanguins.

L’objectif est  de valoriser les grains de maïs pour en tirer tous les bienfaits sur l’alimentation humaine et animale mais aussi au travers la décoration et les produits cosmétiques.

Hugues Chalopin lance aussi un appel aux transformateurs : « J’aimerais pouvoir travailler avec quelqu’un qui est capable de transformer nos épis de maïs en poudre antioxydante. Nous sommes actuellement en contact avec Veg’extra, une entreprise d’extraction végétale de Montreuil-Bellay pour nous affiner la poudre de manière plus homogène» indique-t-il.  « Aujourd’hui, quand on veut manger des antioxydants, on consomme des myrtilles ou du Cranberry. En réussissant cette production, nous aurons un produit made in France avec le maïs violet » avoue-t-il.

Pour l’heure, ce maïs magique est vendu sous forme d’épis ou en poudre dans une boutique Cerveg à Versailles. Par exemple, il faudra compter cinq euros TTC pour un épi ;
dix euros TTC les 250 grammes de poudre humide moulue ou encore dix euros TTC les 250 grammes de grains à moudre.

La graine des Incas peut aussi satisfaire certaines entreprises qui recherchent un colorant naturel ou encore les cosmétiques. Impliqué avec la Cosmetic Valley, Hugues Chalopin peut parrainer une entreprise pour entrer dans ce pôle de compétitivité qui s’étend sur trois régions Centre Val-de-Loire, Ile-de-France et Normandie. Notons qu’aux États-Unis, L’Oréal a sorti un masque purifiant anti-âge à base de maïs violet. Il existe également des masques exfoliants corporels antioxydants à base de maïs pourpre.

L’entrepreneur saumurois a peut-être trouvé une pépite en faisant virer le maïs jaune au violet. Notons que Hugues Chalopin n’est pas à son premier galop d’essai en ce qui concerne la plantation de culture particulière.  Grâce à son expérience américaine, il est notamment à l’origine de Greener, un fourrage friandise pour les chevaux composée de graines d’orges, tournesol et avoines.

- © Sabrina Beaudoin

Maïs « Force Violette » en infusion
Pour le consommer, détachez les grains de l’épi puis mettez l’épi et les graines des Incas dans un verre ou une bouteille. Comptez deux heures pour une bonne infusion. Voici une boisson riche en anthocyanes prête à boire.

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