Loiret Agricole et Rural 06 mai 2020 à 14h00 | Par Doriane Mantez

"Le Covid-19 sème le doute dans la filière"

Éleveur à Saint-Germain-des-Prés et président de la commission lait de la FNSEA du Loiret, Nicolas Beets fait le point sur le secteur laitier pendant cette période de confinement.

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- © N.B.

Est ce que les éleveurs laitiers loirétains ont rencontré des problèmes particuliers du fait de la crise sanitaire ?

Nicolas Beets : Chaque entreprise n'a pas été impactée de la même manière, d'où des réactions différentes sur la collecte. Habituées à gérer les pics de production, les entreprises et leurs salariés (que l'on peut remercier) ont dû adapter leurs outils de transformation au contexte pour faire tourner les usines. Ce sont les zones d'appellation qui sont les plus pénalisées, donc le Loiret est peu concerné, hormis le brie de Meaux et le lait de chèvre.

Globalement, il n’y a pas de difficultés majeures concernant la maintenance des machines à traire ou robot, les visites vétérinaires, l'approvisionnement en alimentation animale, le ramassage des animaux… Le report des déclarations Pac au 15 juin est le bienvenu et donne un peu de latitude aux éleveurs. De manière générale, j’ai l’impression que cette pandémie redonne un peu de sens et d’honneur au monde paysan.

Certains industriels ont demandé aux éleveurs de réduire leur production. Le Loiret échappe-t-il à cette contrainte ?

Les organismes loirétains ont diffusé toutes les instructions nationales et notamment le souhait du Cniel et de la filière de diminuer la production. Les informations ont été transmises à l’ensemble des producteurs.

Maintenant je ne suis pas sûr qu’il y ait eu beaucoup de baisse sachant que le printemps est la période du pic de lactation et que bon nombre d’éleveurs avaient une production supérieure à l’année passée. Difficile de rentrer dans les clous en diminuant sa production de 2 à 5 % par rapport à N-1 en sachant que la région Centre-Val de Loire enregistre, à date égale, des chiffres en hausse.

Des difficultés particulières liées aux conditions climatiques ?

Effectivement, le gros problème des éleveurs loirétains est plutôt climatique. L'excès d'eau a perturbé les semis d'automne. S’ajoute à cela la sécheresse printanière qui pose de vrais problèmes pour faire face aux semis et récoltes d'ensilage d'herbe. Il y a eu quelques millimètres par ci et par là, mais pour ceux qui n’ont pas l’irrigation, la situation est très préoccupante car il n’y a pas eu de gros stocks de faits depuis deux ans.

Bien souvent les agriculteurs ont misé, à juste titre, sur le méteil, mais cette culture a beaucoup souffert cette année. Si nous n'avons pas de l'eau en conséquence très rapidement, ça va être problématique.

C’est pourquoi la FNSEA du Loiret a demandé très tôt au préfet la possibilité de faucher les jachères. Mais nous n'avons toujours pas de réponse… Et la crainte c’est qu’elle arrive fin juin et donc, comme d’habitude, trop tard… Il faudrait que les Organismes publics prennent conscience que l’herbe est bonne au printemps et pas en été. C’est une solution mais pas la solution car nous savons très bien que les jachères ont elles aussi souffert du manque d’eau… Il ne faudra pas s’attendre à un miracle.

Des solutions pour lutter contre la sécheresse ?

Depuis deux ans l’agriculture fait face à un cumul de stress hydrique sévère. Malheureusement on ne peut pas faire grand-chose pour contrer le climat, si ce n’est essayer d’anticiper au maximum et de faire du stock. La pulpe surpressée peut être l’une des solutions, mais les disponibilités sont très limitées. Reste à surveiller l’évolution des semis de maïs ou sorgho.

Pour les éleveurs, et particulièrement pour ceux qui n’ont pas l’autonomie alimentaire, il peut être bien d’envisager un partenariat avec un voisin céréalier. L’échange élevage-céréalier est une solution durable. L’estimation de la culture sur pied peut se faire assez facilement, en se basant sur les références de la chambre d’Agriculture.

Dans une relation de confiance, l’éleveur peut très bien inciter le céréalier à planter du méteil, sorgho et les récolter pour l’élevage d’à côté. Ce partenariat gagnant-gagnant permet au céréalier de faire des cultures intéressantes dans la rotation, et pour l’éleveur, ça lui assure quelques mois d’alimentation pour son cheptel.

Un autre sujet que vous aimeriez aborder ?

En plus du Covid-19 et de la sécheresse, il est important de rappeler que les dégâts de gibier ont très fortement perturbé les semis de maïs, même dans certaines zones qui étaient pour le moment plutôt épargnées. Bien que ce soit encore trop tôt pour donner des chiffres, les agriculteurs qui sont victimes de dégâts sont invités à le faire savoir auprès de la FNSEA 45.

À ce jour, la seule solution est de ressemer, puis faire sa déclaration de dégâts, et enfin envisager la pose d’une clôture, mais c’est un travail supplémentaire et un coup pour tout le monde.


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