Loiret Agricole et Rural 10 avril 2015 à 14h00 | Par FDSEA

La vérité sur le barrage de Sivens

Philippe Jougla est intervenu lors du congrès FNSEA sur le véritable déroulé de cet évènement. La FDSEA du Loiret souhaite communiquer sur la réalité des faits et non à travers le prisme souvent déformant des médias.

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 (© FDSEA archives) Philippe Jougla, président de la FDSEA du Tarn. © FDSEA Lors des hostilités un agriculteur s’est pris un coup de hache par un zadiste, résultat 12 points de suture. © FDSEA Des zadistes cagoulés avec un discours extrémistes qui perdent toute crédibilité auprès des médias fin février 2015. © FDSEA Une zone totalement dévastée et recouverte par des déchets après l’expulsion des «écologistes» © FDSEA Une zone totalement dévastée et recouverte par des déchets après l’expulsion des «écologistes» © FDSEA Une zone totalement dévastée et recouverte par des déchets après l’expulsion des «écologistes» © FDSEA Des opposants pacifiques avaient entamés une grève de la faim en octobre 2014. © FDSEA

Lors de son intervention au congrès de la FNSEA le 24 mars, Philippe Jougla, Président de la FDSEA du Tarn, est revenu sur la réalité de l’affaire très médiatisée du barrage de Sivens.

Pourquoi un barrage ?

Pour comprendre les origines du drame qui s’est joué à Sivens, il faut rappeler que le climat du Tarn se caractérise par des étés chauds et secs et des précipitations hivernales importantes. Stocker l’eau est une nécessité absolue. L’idée de stocker de l’eau en tête de vallée au bord de la forêt de Sivens remonte à une quarantaine d’années. Le projet est resté en rade, faute de promoteurs motivés. Après les sécheresses des années 2000, le projet actuel est mis sur rails en 2008 pour répondre aux besoins de l’agriculture mais aussi au soutien d’étiage. Le moratoire sur toutes créations de réserve décrété par Delphine Batho la semaine de son arrivée au ministère de l’Ecologie a bloqué le projet. Pour le lever, il faudra un rapport d’experts qui jugeait Sivens prioritaire, un rapport parlementaire et surtout un nouveau ministre. Dès cet instant, Sivens devient un enjeu symbolique parce qu’il est un des projets les plus avancés mais aussi parce qu’il est porté par la CACG, Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne dont les adversaires de l’irrigation dénonce la proximité avec le Ministre Philippe Martin. Comme souvent, des écologistes s’opposent au projet pour sauvegarder leur petite tranquillité et avancer quelques pions dans la vie politique locale. Mais puisqu’il y a ici des enjeux symboliques forts, ils reçoivent le soutien d’un caïd de l’écologie politique Ben Lefetey. Lui, dispose des compétences, des moyens et des réseaux verts pour bloquer le projet.

A l’issue des études, le Conseil Général, conscient des enjeux de l’eau pour toutes les utilisations vote à 94 % la maîtrise d’ouvrage et le financement du projet. A partir de cet instant, les opposants s’engagent dans une guerre qui se déroulera sur 4 fronts : les médias, la sphère politique, le droit et le terrain.

Les hostilités

Les affrontements débutent juridiquement dès 2013, les pro-Sivens gagnent la première bataille. Mais les anti-Sivens gagnent petit à petit du terrain. La ZAD nait par l’arrivée de Ben Lefetey et d’une trentaine d’activistes sur le site en novembre 2013. L’engagement des travaux prévu pour le printemps 2014 est retardé faute de pouvoir expulser les Zadistes qui se réfugient sur des parcelles de différents propriétaires et obligent l’enchaînement de procédures d’expulsion. Début septembre 2014, reprise des travaux. Le temps joue notamment sur le projet avec un financement issu à hauteur de 20% du FEADER. Il faut terminer pour le 1er semestre 2015. Cependant, l’impact médiatique est réussi et malgré les annonces de Manuel Valls aux Terres de Jim, Ségolène Royal demande au Conseil général du Tarn une nouvelle expertise mais ne suspend pas les travaux.

En octobre, les travaux continuent sous la protection des gendarmes. Les opposants softs engagent une grève de la faim et les zadistes n’arrivant pas à stopper les travaux saccagent le Conseil général.

Ben Lefetey demande et obtient une manifestation sur site le samedi 24 octobre pour médiatiser le déboisement. Comme il s’agit de l’ultime action de terrain, les zadistes sont rejoints par d’autres activistes qui descendent de Notre Dame des Landes pour le week-end. Dans la nuit de vendredi au samedi commencent les premières échauffourées sur le site et dans les villages voisins.  Le samedi donne lieu à un festival de cocktails Molotov qui se terminera dimanche au lever du jour, bien après la mort de Rémi Fraisse. C’est triste à dire mais le drame qu’est la mort d’un manifestant dans notre République va rebattre les cartes en faveur des opposants. Désormais, impossible d’évacuer les zadistes qui s’installent.

Dans les médias, les agriculteurs ont subi un tsunami de reproches sur le projet, sur leurs orientations, sur leurs valeurs. Il a fallu que Xavier Beulin choque en parlant de Djihadistes Verts pour qu’ils redeveniennent audibles. La FDSEA, les JA et la chambre d’agriculture du Tarn décident d’accepter les propositions des experts, la réallocation des volumes et lancent un appel à mobilisation le 15 novembre qui réunira 5000 personnes.

La semaine suivante, les antis Sivens obtiennent sur le front du droit une victoire majeure. En effet, la Commission Européenne répond favorablement à une initiative des Verts, elle engage un contentieux contre la France. L’Etat doit, soit mettre un terme au projet, soit faire la démonstration de sa compatibilité avec la Directive Cadre sur l’Eau. Cela implique 18 mois de délai et la perte des financements FEADER.

Dans un tel contexte, pourquoi s’acharner ?

Car la sauvegarde de l’agriculture familiale et le besoin de stocker de l’eau dans la vallée du Tescou font désormais consensus chez les Pouvoirs publics comme chez les opposants.

La mission des experts se termine début janvier. Les positions peuvent se résumer ainsi :

• Les opposants veulent collectiviser les ouvrages existants et créer des bassines ;

• Les agriculteurs demandent la reprise du projet initial en réallouant une partie des volumes ;

• Le conseil général souhaite construire un ouvrage sur le site quitte à revoir les volumes mais s’inquiète du financement ;

• L’Etat propose 2 solutions : celle des bassines et celle d’un demi-barrage à 330 m en amont. Il est impératif pour Mme Royal de sanctuariser le lieu où est mort Rémi Fraisse.

Une semaine après les attentats de Charlie Hebdo, les zadistes perdent toute crédibilité notamment en se présentant cagoulés devant les médias et en tenant un discours extrémiste et ils sont désormais perçus par l’opinion comme des Djihadistes Verts. Fin janvier, les agriculteurs sont sur une dynamique positive sur le terrain et dans les medias. Sur le front politique, les choses sont moins roses. En effet, Mme Royal exige que le conseil général choisisse une de ses deux options en préalable à l’évacuation de la ZAD. En février des opérations de blocage de la ZAD se poursuivent  puis le passage à l’offensive s’est déroulé. Des actions se déroulent durant trois jours avec des coups et blessures, de la tôle froissée, des noms d’oiseaux et quelques poursuites mais le calme est revenu. Sur le plan politique, les choses bougent et se cristallisent. Le Gouvernement considère que la ZAD doit être évacuée sans délai mais souhaite un vote clair du Conseil Général.

Ce vote sera d’autant plus clair que la position sera floue!

La motion soumise au vote comporte 4 points :

• La nécessité de stocker de l’eau pour la vallée,

• Le choix d’une retenue redimensionnée sur site,

• Un mandat de négociation avec l’Etat pour passer d’un projet à l’autre,

• L’évacuation immédiate de la ZAD.

Après de difficiles tractations, cette position obtiendra 94% des voix. Après moins d’1h après le vote, les agriculteurs ont levé le blocus et les gendarmes entrent sur la ZAD. Dans l’après-midi, 21 zadistes sont interpelés mais les plus nocifs avaient fui à travers bois avant le lever du jour.

Quelles perspectives pour Sivens ?

D’abord, le retour au calme pour les riverains. Ceci nécessite encore la présence de gendarmes pour éviter les représailles. En parallèle, le nettoyage du site va prendre au moins 2 mois. Les « écologistes » ont transformé 35 ha de ZAD en décharge où se mêlent carcasses de voitures, monticules de canettes de bières et encombrants pour la construction de leurs taudis. Ensuite, se pose la question du recalibrage du projet. La prochaine assemblée départementale devra rapidement lever les imprécisions du texte voté le 6 mars : volumes entre 750 000 et 1,5 million m3, ancrage de la digue entre 0 et 330 m en amont.

Enfin, reprise des procédures pour que la retenue de Sivens apporte de l’eau au Tescou au plus tard à l’été 2017. Avec le maintien de l’emprise foncière initiale. Les financements FEADER 2013 sont désormais perdus mais le programme FEADER 2020 dispose des fonds nécessaires.

Le conflit autour de Sivens est loin d’être terminé mais au cours des 3 derniers mois, la profession agricole a progressé sur tous les fronts.  Dans les medias, chaque camp a montré son vrai visage. Les agriculteurs comme les principaux acteurs d’un territoire qui doit être développé dans la durée. Les zadistes comme des activistes anarchistes pour qui l’écologie est plus un prétexte qu’un but.

Sur le terrain, la ZAD n’existe plus. L’emprise foncière du projet est déboisée. Toute occupation fera l’objet d’une intervention immédiate des forces de l’ordre ou, à défaut, des agriculteurs. Dans la sphère politique, la conférence COP21 et les élections régionales de décembre obligent peut-être le Gouvernement à composer avec les Verts mais les élections départementales tout comme les événements de janvier montrent que les français ne supportent plus le désordre et les fauteurs de trouble. La Confédération Paysanne et FNE dénoncent plus de 100 projets qui pourraient donner lieu à des ZAD.

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