Loiret Agricole et Rural 25 novembre 2016 à 08h00 | Par Sabrina Beaudoin

L'Open Agrifood pense l'agriculture différemment

Les 16 et 17 novembre 2016, l'Open Agrifood a ouvert ses portes au grand public. Le forum avait pour thème cette année : Alimentation et innovation responsables

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- © Sabrina Beaudoin

Cette troisième édition du forum de l'Open Agrifood, présidée par Xavier Beulin et Emmanuel Vassseneix, s'est portée sur l'Alimentation et l'Innovation responsables. Mercredi 16 et Jeudi 17 novembre, tous les acteurs économiques du champ à l'assiette se sont réunis dans un même lieu. Au programme cette année, des conférences, des déjeuner thématiques, une grande rencontre citoyenne et surtout des jeunes qui ont planché jour et nuit au Lab'O sur des projets incubés par l'Open Agrifood.

L'agriculture doit innover

Durant deux jours, le coeur d'Orléans s'est mis à battre au rythme du forum et les citoyens ont montré leur intérêt en assistant massivement aux débats.  Deux journées interactives où les participants et le public pouvaient échanger.  « Le débat autour de l'agriculture est d'une importance capitale surtout quand nous sommes confrontés à une difficulté conjoncturelle (considérable en 2016) et structurelle » avoue François Bonneau, Président de la Région Centre Val de Loire. «  La place du numérique est importante en agriculture. L'innovation est réelle. Nous devons réarticuler l'agriculture avec les territoires, réorganiser les modes : Circuits courts, restauration collective... » poursuit-il.

 

« L'année 2016 n'a pas été une bonne année pour notre agriculture, les agriculteurs ont beaucoup soufferts. Il est essentiel, dans ce contexte, de mettre tous les acteurs autour de la même table pour parler en toute transparence. Ce n'est qu'ensemble que nous trouverons des solutions. C'est la raison d'être de l'Open Agrifood : rassembler producteurs, transformateurs et distributeurs » Charles Eric Lemaignen, Président de l'Agglomération.

Les innovations sont fondamentales et de tout ordre. En termes de production, d'organisation managériale, d'humain. L'innovation c'est aussi trouver de nouveaux marchés pour essayer de s'en sortir.

L'agriculteur est responsable

« L'agriculture n'est pas faite que de traditions, c'est aussi la modernité. Il n'y a pas plus connecté qu'un jeune agriculteur. L'économie agricole c'est l'amont et l'aval et sans elle nous n'aurions pas le même rayonnement international. Les agriculteurs sont des entrepreneurs responsables ! Il faut qu'on arrête d'opposer une agriculture qui serait irresponsable, par rapport à l'environnement, au monde agricole actuel. A chaque fois que l'agriculteur investit, il y a une prise de risque. C'est un chef d'entreprise responsable » Nacer Meddah , Préfet du Loiret

Xavier Beulin a déclaré ouverte la troisième édition de l'Open Agrifood à l'issue de son discours d'ouverture en précisant l'importance de ces deux jours. « L'Open Agrifood, est un forum important qui permet d'ouvrir des chantiers avec l'ensemble des acteurs de la chaîne agroalimentaire. Nous avons la capacité de réunir des personnes d'horizon divers. En terme d'innovation, Emmanuel Vasseneix a montré l'exemple en investissant dans la marque du consommateur. L'initiative « C'est qui le patron » fait bouger les lignes sur la valeur de l'alimentation »

«  On a vécu en France cette année, un cataclysme du monde agricole. J'ai vécu personnellement des choses terribles de la part d'agriculteurs qui étaient au bout, physiquement, et je pense que nous sommes arrivés au bout d'un système. Le mur se rapproche et nous devons impérativement penser différemment. Il faut, en effet, sortir de notre zone de confort et surtout allez voir ailleurs avant de critiquer ce qui se passe chez nous ! » assure Emmanuel Vasseneix, vice-président de l'Open Agrifood.

L'agriculture chinoise sous perfusion

La Chine représente 17 fois la France. C'est un pays rural qui compte plus de 400 millions de petits agriculteurs (- de 1 hectare). La Chine, c'est aussi le premier producteur mondial de blé, de riz, de pommes de terre ! C'est le deuxième producteur en maïs. C'est le premier producteur de porcs et de volailles. Notons qu'un porc sur deux est chinois dans le monde!  La Chine est un acteur majeur de l'agriculture mondiale.

Le Docteur Bolin Zhang, directeur technique de l'entreprise Lv Yang qui produit des légumes cultivés selon les règles de l'agriculture écologique a évoqué le marché de la myrtille, un produit phare en Chine. Les myrtilles sont en forte augmentation, c'est un atout santé et la Chine l'a décliné sous toutes ses formes.  « Ces 5 dernières années, les technologies agricoles ont vraiment contribué à notre développement. La Chine est un grand pays par rapport à la population mais c'est un petit pays par rapport à l'agriculture » explique-t-il. C'est la raison pour laquelle, la Chine cherche des terres ailleurs. La Chine s'implante dans d'autres pays en achetant des terres ou en investissant dans des entreprises agroalimentaires. Il y a déjà eu des hectares achetés par des chinois en France... Aujourd'hui, la Chine est capable de nourrir 23% de la population mondiale avec seulement 6,4% de terres arables !

Mais l'agriculture chinoise est sous perfusion. Le gouvernement a mis en place une politique de subventions nationales ou régionales à la production et une politique de protection de l'agriculture nationale via des quotas. Pour aider les agriculteurs à vivre sur moins d'1 hectare de surface par exploitation en moyenne, l'Etat fixe un prix garanti sur le blé, le riz et le maïs. C'est d'ailleurs en Chine que l'on trouve le prix du blé le plus cher du monde !

 

Evaluer la performance des exploitations laitières canadiennes

Sara Russo Garrido, coordinatrice recherche et planification pour l'université du Québec à Montréal présente l'analyse du cycle de vie de la durabilité du secteur laitier canadien. Par le biais d'une plateforme internet Fermes Laitières +, les agriculteurs canadiens peuvent évaluer la performance de leur exploitation laitière.

« Fermes laitières + est un outil novateur et interactif en ligne qui aide les producteurs laitiers canadiens à atteindre leurs objectifs de durabilité » indique-t-elle.

Trois modules disponibles sur ce site :

-       Apprendre et évaluer : « Apprendre les bonnes pratiques de gestion et leurs avantages. Un questionnaire d'autoévaluation est disponible pour comparer ses performances aux bonnes pratiques. Un plan d'action peut être élaboré à l'issue du questionnaire pour mettre en oeuvre les bonnes pratiques »

-       Mesurer et Comparer : « Mesurer votre empreinte environnementale et la comparer aux moyennes provinciales et nationales. En déterminant cette empreinte, vous obtenez une mesure de référence qui servira à évaluer votre performance en matière de durabilité d'année en année »

-       Agir : «  Personnaliser son plan d'action et établir ses priorités en fonction des recommandations de l'outil »

 

Les bonnes pratiques sont disponibles pour le réseau français mais en ce qui concerne le questionnaire et  la comparaison, seules les exploitations laitières canadiennes peuvent y accéder.

 

 

En France, on peut louer ses vaches laitières !


Thierry Gardon a repris la présidence de Gestel. Créée en 1976,  cette société a pour activité principale l'intermédiaire du commerce en matières premières agricoles (animaux vivants, matières premières textiles et produits semi-finis...). Gestel est la seule régie française de troupeaux laitiers. « Nous proposons à la location, sous contrat (bail 10 ans ajustable), des troupeaux (15 animaux minimum) laitiers de qualité, à destination d'éleveurs désirant augmenter ou optimiser leur production laitière. Notre système de location de vaches laitières crée la relation entre des particuliers « investisseurs » souhaitant soutenir le milieu agricole et diversifier leur patrimoine, et des agriculteurs ayant de réels besoins de renforcer leur outil de production » souligne -t-il.

 

L'engagement de l'agriculteur envers le troupeau confié :

-       Le nourrir, le soigner et élever les génisses.

-       Le maintenir à son effectif original en consacrant tous les ans 20% de l'effectif des animaux en contrat pour le renouvellement du troupeau.

-       L'assurer sur la durée du contrat.

-       Le restituer en fin de contrat à son effectif de base et dans un état sanitaire équivalent.

 

« En louant des vaches, l'éleveur bénéficie tous les ans de la totalité du lait, des veaux mâles et des vaches réformées, ainsi que de l'excèdent de génisses pleines (une fois le croît dû et le renouvellement pris en compte). En plus, il bénéficie de l'aide d'un technicien expert » poursuit-il. Gestel ne perçoit pas de loyer quand il met des vaches en location. Il touche seulement un croît. C'est à dire une génisse prête à vêler pour 10 génisses mises en location et cela à partir de la troisième année.

 

Louer ses vaches, c'est aussi gagner en trésorerie, votre cheptel devient une charge d'exploitation, le coût de la location vient minorer vos charges sociales !

 

Aider les petits paysans indiens à innover

Anil  Gupta est  professeur de gestion de l'agriculture à l'Indian Institute of Management d'Ahmedabad (Inde). Il a créé, il y a plus de vingt ans, le réseau Honey Bee. C'est un réseau qui permet de dénicher les inventions des paysans indiens, de les analyser, compléter, les associer et les rendre accessibles à tous. En Inde, des milliers de paysans sortent de la pauvreté grâce à leurs innovations. Des innovations qu'ils auraient été incapables de mettre en oeuvre, faute de financement, sans le réseau Honey Bee. Les petits agriculteurs indiens sont riches d'idées innovantes. Anil Gupta se déplace régulièrement pour collecter et diffuser ces innovations.

« Le président du Rwanda disait « Si vous voulez allez vite, allez y seul, si vous vous allez loin, allez y à plusieurs » ! » précisait Xavier Beulin.

 

 

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