Loiret Agricole et Rural 26 décembre 2014 à 08h00 | Par Olivier JOLY

Jean-Luc Boiron a investi 210.000 EUR dans deux stalles de robots

L'éleveur laitier de Pontlevoy a modernisé son installation. Le président régional de l'interprofession s'exprime également sur la conjoncture et l'après 2015.

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Jean-Luc Boiron et son épouse Dominique se sont installés en 1983, avant l'instauration des quotas. (© Loiret agricole et rural) L'extension du cheptel sera progressive. © Loiret agricole et rural Avec les robots, la traite s'effectue toute la journée, en rotation. © Loiret agricole et rural

« Je me suis installé en 1983, avant l'instauration des quotas » raconte Jean-Luc Boiron, producteur laitier à Pontlevoy (Loir-et-Cher) et président du Centre régional de l'Interprofession laitière (Criel). « À l'époque, nous travaillions dans un Groupement d'intérêt économique : la laiterie d'Onzain (NDLR : Loir-et-Cher). Il y a trois ans, lorsque cette dernière a déposé le bilan, nous avions le choix entre deux établissements : Varennes-sur-Fouzon (NDLR : Cher, groupe Laiterie de Saint-Denis-de-L'Hôtel) et Vendôme (NDLR : Loir-et-Cher, groupe Bel). Collectivement, nous avons opté pour le premier afin que les gens qui se trouvaient en Sologne ne soient pas abandonnés. Or Bel ne voulait pas franchir la Loire. Et, aujourd'hui, nous n'avons aucun regret puisque le groupe LSDH a repris la production des éleveurs du Gâtinais. »

Problème : la grille protéique était différente. Selon les règles interprofessionnelles, le lait doit présenter les qualités suivantes : un taux de protéines de 32 %, valorisé à hauteur de 4,05 centimes les mille litres, un taux de matière grasse de 38 %, tout gramme supplémentaire entraînant une majoration de trois centimes les mille litres. La LSDH avait plafonné le paiement du critère protéique à 34 %, règle toujours en vigueur. Or les éleveurs qui livraient à Vendôme avaient mené un travail génétique sur des vaches normandes. Résultat : ils avaient atteint un taux de protéines de 37 %. « Les intéressés ont subi une perte financière. Pour modifier le taux de protéines, c'est dix ans d'efforts car il y a un long travail de sélection. Ou alors il faut revenir à la race Prim'Holstein afin de diluer le différentiel. Avec cette dernière, on ne vise que le litrage et avec un taux standard. » En ce qui le concerne, l'éleveur de Pontlevoy se situe entre 32 et 33 %.

Prévu pour 120 vaches laitières

« Toucher au taux de protéines est interdit. Or la LSDH ne fait que du lait longue conservation : ce n'est pas intéressant pour elle de mettre plus de protéines dans la boîte car elle ne peut pas les valoriser. Pour la matière grasse, c'est différent car celle-ci peut être vendue à un autre opérateur : il y a toujours un acheteur ! » Jean-Luc Boiron poursuit : « Les quotas laitiers sont uniquement basés sur la matière grasse, jamais sur le taux de protéines : ce sont des kilogrammes de matière. » La référence de notre interlocuteur est fixée à 41,63 %, un chiffre établi lors de l'instauration des quotas. « Lorsque le taux de matière grasse augmente, le litrage diminue et inversement. »

Pendant longtemps, la traite s'est effectuée de manière traditionnelle : une salle de traite de 2x7 vaches. Mais, il y a près d'un an, l'exploitation s'est dotée de deux stalles de robots. Montant de l'investissement* : 210.000 EUR. « Plus d'astreinte pour la traite. Un confort de vie. Il est plus facile de se faire remplacer sur l'exploitation : en notre absence, une seule personne (NDLR : Alexandre, le fils de notre interlocuteur, salarié de la structure) peut gérer tout le troupeau. La traite s'effectue toute la journée, en rotation. » Le bâtiment est prévu pour cent vingt vaches laitières et l'extension du cheptel est en projet. « Cela se fera progressivement en prenant garde à la problématique microbienne si des vaches venaient de l'extérieur. » Le scénario consisterait plutôt, sur quelques années, à augmenter le nombre de génisses élevées.

Le courage des États...

Comment le responsable interprofessionnel voit-il la disparition des quotas à l'horizon 2015 ? « Il faudra contractualiser avec les acheteurs. L'enjeu : finaliser un prix et un volume afin d'être en phase avec le marché. Face à nos concurrents internationaux, nous avons la nécessité d'améliorer notre productivité. Cela passe par la modernisation de nos ateliers et la sélection génétique. Nous n'avons pas le choix : il faut suivre le mouvement ! En région Centre, nous avons la chance de disposer de surfaces d'épandage importantes et d'être autonomes pour l'alimentation du bétail. » Le professionnel loir-et-chérien irrigue sa production céréalière, ce qui lui assure l'alimentation de ses vaches laitières. La recherche protéique autour du soja offre une autre perspective : « Grâce aux surfaces, demain, nous aurons de quoi faire. »

« Pour le prix du lait, nous sommes encore dans une bonne phase : l'année 2014 se finira sur un bon tempo. » En revanche, la campagne 2014-2015 suscite « une forte inquiétude » chez le président du Criel. En cause, l'embargo russe : « Nos concurrents européens vont se rabattre sur le marché français ou sur les marchés où nous étions présents. La LSDH ne fait que du lait longue conservation. Il y aura un problème si les autres entreprises se mettent à en faire de manière significative afin de compenser leurs pertes pour l'ensemble des produits laitiers : la Russie n'est pas un petit pays ! »

Les solutions ? Jean-Luc Boiron prône une intervention sur les produits. « Mais il n'existe rien ! » Pour désengorger le marché, notre interlocuteur propose de sécher le lait, de le transformer en poudre et de le stocker. Même chose pour le beurre. Autre idée : affecter une partie de la surproduction aux Banques alimentaires avec le soutien financier des États. « Il faut que ces derniers soient courageux et mettent l'argent de la solidarité sur l'aide alimentaire plutôt que dans un assistanat moins opportun. Techniquement, c'est facile à faire. Surtout avec des produits non périssables ! »


*L'investissement a été réfléchi dans la perspective d'une transmission au fils de Jean-Luc et Dominique Boiron, actuellement salarié de l'exploitation.

L'exploitation en un coup d'oeil

- Statut juridique : EARL. Deux associés : Jean-Luc Boiron et son épouse Dominique. Alexandre, le fils du couple, est salarié de l'exploitation.

- Localisation : Pontlevoy (Loir-et-Cher).

- Activité : élevage laitier.

- Cheptel : 80 vaches de race Prim'Holstein et autant de génisses.

- SAU : 155 ha.

- Surface céréalière (blé tendre et blé dur) : 80 ha. Production vendue à Axereal. S'y ajoutent 20 ha de portes-graines.

- Chiffre d'affaires 2013-2014 : 476.000 EUR.

- Production laitière 2013-2014 : 740.331 litres. Client exclusif : LSDH.

- Tarifs 2013-2014 : 389 EUR les mille litres. 321 EUR en 2003-2004 pour 435.179 litres. .

- Marge brute globale : 307.000 EUR.

- Excédent brut d'exploitation : 144.444 EUR.

- Résultat net : 60.000 EUR.

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