Loiret Agricole et Rural 13 mai 2016 à 08h00 | Par Olivier Joly

«Entrer dans une logique de contractualisation»

L’assemblée générale de la section Loiret de la Cialyn a eu lieu le 3 mai à Quiers-sur-Bezonde. Entretien avec Jean-Claude Prieur, vice-président de la coopérative.

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- © Olivier Joly

Le mardi 3 mai, la section loirétaine de la Cialyn, Coopérative interdépartementale de l’Aube, du Loiret, de l’Yonne et de la Nièvre, a tenu son assemblée générale à Quiers-sur-Bezonde. À l’issue des travaux, Jean-Claude Prieur, vice-président de l’entité, a répondu à nos questions.

Loiret agricole et rural : Dans le département du Loiret, le taux de pénétration de la Cialyn est de 42 %* : un commentaire sur ce chiffre ?

Jean-Claude Prieur : C’est une bonne performance mais, par rapport à la densité de cheptels dans le département, au-delà du taux de pénétration, il est important que l’on entre dans une logique de contractualisation et d’organisation de la production. Objectif : une meilleure adéquation entre l’offre et la demande.

LAR : Aller au-delà de ces 42%, est-ce un objectif ?

J.-C.P. : On ne pourra jamais faire 100 % car il y a une logique concurrentielle. Ce qui m’importe, c’est la contractualisation : des gens travaillant sur des cahiers des charges. Qu’on améliore le fonctionnement, puisque les incidences sont considérables, en termes logistiques. Passer d’une situation de cueillette à une situation de prévisionnel et d’organisation de producteurs.

LAR : La qualité, la quantité et la régularité sont trois notions importantes à vos yeux : quels sont les enjeux pour les éleveurs ?

J.-C.P. : Ce sont les éléments déterminants pour approvisionner un marché. Nous sommes des unités de désassemblage : on a un animal vivant et on vend plein de petits morceaux. Or ces marchés sont extrêmement différents et il faut que nous ayons cette complémentarité entre tous les morceaux : la capacité de produire cinquante-deux semaines sur cinquante-deux. Quant à l’aspect qualitatif, les gens doivent toujours avoir le même produit.

LAR : Au nom de cette règle, la Cialyn procède parfois à des achats extérieurs !

J.-C.P. : Ce n’est pas la Cialyn en tant que tel qui effectue ces achats extérieurs. La Cialyn est un groupement de producteurs très fortement engagé auprès de l’aval : pour satisfaire ses clients, ce dernier est obligé de s’approvisionner à l’extérieur mais dans des proportions relativement modestes. En revanche, la coopérative a la capacité de collecter tous les animaux chez ses adhérents. Mais elle est parfois dans l’obligation de rechercher d’autres marchés parce que la Sicavyl n’a pas la capacité de valoriser ces animaux particuliers. Pour le maigre, on s’appuie sur Deltagro Export et, pour le gras, sur la Sicavyl. Toutefois, une adéquation entre l’offre de nos adhérents et les demandes extérieures est nécessaire.

LAR : Vous avez soulevé la problématique main-d’œuvre dans l’abattage et la transformation : quelle est la situation et quelles sont les solutions ?

J.-C.P. : On essaie de retravailler la problématique métier dans un cadre interprofessionnel. C’est extrêmement compliqué de trouver de jeunes agriculteurs qui s’investissent dans l’élevage. Pareil dans nos groupements de producteurs. Dans nos outils d’abattage et de transformation, c’est encore pire ! Pour pallier à ce manque de main-d’œuvre, nous recourons à des étrangers, à des tâcherons et à des intérimaires.

LAR : Comment la FCO a-t-elle été gérée au niveau de la Cialyn ?

J.-C.P. : Nous avions deux problématiques : au niveau de l’export, un certain nombre d’animaux se sont retrouvés bloqués étant donné que des frontières s’étaient fermées, en particulier sur la Turquie. C’est ce qu’on a appelé les animaux en quarantaine. Pour les veaux de huit jours, on a eu la possibilité, en faisant des interventions auprès du ministère, avec les services de la DGAL (NDLR : Direction générale de l’Alimentation) et les DDPP (NDLR : Directions départementales de la Protection des Populations), de gérer au mieux les vaccinations et les prises de sang afin d’exporter ces animaux vers l’Espagne. Mise à part la période vraiment critique d’octobre, dès le mois suivant, notre organisation a permis de reprendre une activité normale et de répondre à l’attente de nos adhérents.

LAR : Les abattages rituels d’ovins représentent environ 4% des activités de la Cialyn : quelles sont les contraintes de ce type d’activité ?

J.-C.P. : L’abattage rituel est effectué par une personne extérieure. L’animal n’est pas assommé avant d’être égorgé, ce qui soulève des problèmes éthiques. Le sujet a été abordé lors de la conférence que j’ai donnée récemment dans le cadre de l’Amoma (NDLR : Association des membres de l’Ordre du mérite agricole) et où on a mis en avant ce lien entre le religieux et l’animal. On passe d’un animal vivant à un animal mort, ce qui créée ce sentiment de persécution. Toutefois, il faut rester ouvert par rapport à ces dispositifs et tout ce qui permettra de valoriser l’élevage de manière générale doit être accompagné.

LAR : Êtes-vous favorable à l’étiquetage du mode d’abattage ?

J.-C.P. : Non ! Comme je vous l’ai indiqué, nous sommes des unités de désassemblage : si on indique le mode d’abattage, en raison du lien étroit entre religion et animal, on ne pourra pas valoriser les différents morceaux à leur juste valeur dans les différents circuits. Ainsi, si on indique que l’animal a été abattu rituellement, certaines personnes ne voudront plus manger cet animal-là. Inversement, si vous abattez dans un cadre conventionnel, les gens du rituel ne voudront plus manger certains morceaux. Nous nous sommes engagés sur un équilibre matière à l’intérieur de nos outils pour savoir ce qui est abattu rituellement et ce qui ne l’est pas. En revanche, je ne sais pas si vous avez déjà regardé une barquette : il y a énormément d’informations ! Si on rajoute le mode d’abattage… Or l’attente du consommateur, c’est que ce soit bon !

LAR : Vous prévoyez un investissement à Fay-aux-Loges : de quoi s’agit-il ?

J.-C.P. : Compte tenu de la durée de transport et de la faible densité d’élevages, on a la nécessité de créer un centre de pré-allotement de nos animaux avant de les emmener à l’abattoir : ce lieu de rassemblement se fera à Fay-aux-Loges. Montant de l’investissement : environ 250.000 €. Échéance : 2017.

*En bovins (lait et allaitants), sur le nombre de sorties officielles d’animaux du département, la Cialyn en commercialise 42 %, soit 5.768 têtes en 2015.

Une nouvelle technicienne

La Cialyn enregistre l’arrivée de Judith Rechsteiner en qualité de technicienne en conduite d’élevage. La jeune femme, âgée de 27 ans, originaire de l’Allier et titulaire d’un BTS production animale, a travaillé durant plusieurs années dans le contrôle laitier et le négoce d’intrants (semences, phytosanitaires et aliments du bétail). Amenée à intervenir dans le Loiret et le Loir-et-Cher, elle définit sa mission en ces termes : «Répondre aux demandes des éleveurs et les accompagner pour qu’ils optimisent leurs performances : la Cialyn est à leur service.»

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