Loiret Agricole et Rural 13 juin 2014 à 08h00 | Par Olivier JOLY

École - La réforme des rythmes scolaires : une bouillie indigeste pour les maires ruraux !

L’UDMR tenait son assemblée générale à Corbeilles-en-Gâtinais. Une réunion centrée sur la réforme des rythmes scolaires.

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Président de l’Association des Maires ruraux de France, Vanik Berberian a livré son point de vue. © Loiret agricole et rural Au premier rang, Frédéric Néraud, conseiller général de Ferrières-en-Gâtinais, à gauche, et Jean-Noël Cardoux, sénateur. © Loiret agricole et rural Gilles Lepeltier, président de l’UDMR : « Ce n’est plus de la souplesse, c’est du contorsionnisme ! » © Loiret agricole et rural

La réforme des rythmes scolaires constituait le plat de résistance de l’assemblée générale de l’Union départementale des maires ruraux (UDMR), le mercredi 4 juin à Corbeilles-en-Gâtinais. En septembre prochain, dans les écoles maternelles et primaires, la semaine de quatre jours disparaîtra et on en reviendra à quatre jours et demi, comme avant la réforme de 2008. Le nombre d’heures de cours ne changera pas : vingt-quatre heures par semaine réparties sur neuf demi-journées. Majoritairement, les journées contiendront cinq heures et quinze minutes de cours et trois heures le mercredi. S’y ajouteront trois heures d’activités périscolaires hebdomadaires organisées par les communes et facultatives pour les élèves.

Commentaire de Gilles Lepeltier, président de l’UDMR : « D’une belle idée initiale, relativement consensuelle, nous en arrivons à une bouillie indigeste ! Les maires ruraux, très attachés à leurs écoles et à l’avenir de leurs écoliers, s’étaient engagés résolument avec l’idée d’apporter effectivement une modification des rythmes mais également un plus dans les activités. Nous avons parfois été surpris des propositions émanant de l’Éducation nationale qui, loin s’en faut, ne correspondaient pas à ces critères ! Était-ce pour nous faire avaler la réforme que, sous prétexte de réduction des coûts, on nous a proposé des petits quarts d’heures par-ci par-là ? Nous avions demandé de la souplesse : ce n’est plus de la souplesse, c’est du contorsionnisme ! Que dire de la possibilité de tout regrouper sur une demi-journée, pas même interdite le vendredi après-midi, envoyant valser le rythme de la journée et celui de la semaine et créant un week-end béant ! »

96 % des communes du Loiret ont déposé un projet d’organisation du temps scolaire pour 2014-2015. Vingt-huit d’entre elles s’étaient également lancées dans les nouveaux rythmes dès 2013. « J’ai pleinement conscience des efforts demandés aux communes et aux communes rurales en particulier » a déclaré Denis Toupry. Mais le directeur des services départementaux de l’Éducation nationale a ajouté : « Reporter la mise en œuvre de la réforme au-delà de septembre 2014 est inenvisageable. La question du vendredi se pose : il s’agit d’aménager le temps de l’enfant, pas celui de l’adulte. J’ai la conviction que les nouveaux rythmes constituent un moyen de réduire les inégalités sociales et il faudra le faire ensemble. Passer de quatre à cinq matinées de cours, la différence est déterminante, surtout pour les élèves les plus fragiles. »

La commune d’Autry-le-Châtel

Comptant un millier d’habitants, dont cent enfants, la commune d’Autry-le-Châtel fait partie de celles qui ont mis en œuvre les nouveaux rythmes scolaires dès 2013. « Je crois nécessaire l’aménagement du temps de l’enfant et de ses apprentissages : alléger le temps scolaire réduit le stress » a déclaré son maire, Jacques Girault. L’élu local a expliqué sa méthode : « Nous avons bénéficié d’une très forte implication des enseignants et une réunion publique avec les parents a permis d’aplanir les différends. »

« Nous ne voulions pas faire de garderie » a poursuivi le premier magistrat castelautryen. D’où la diversité des activités : théâtre, peinture, céramique, initiation à l’informatique, etc. Les intervenants : des professionnels rémunérés, des enseignants, des agents communaux ou encore des bénévoles. « Pour ces derniers, nous ne sommes jamais certains de leur engagement au-delà de l’année scolaire. » Plus généralement, Jacques Girault a reconnu « la difficulté de trouver des encadrants en nombre suffisant ».

L’opération a représenté un coût de 19.809 €, dont une contribution de l’État de 8.820 €, soit un reste à charge d’environ 11.000 € pour la commune. «Si cela permet aux enfants de mieux apprendre, une telle dépense vaut le coût. D’après les parents, les plus petits sont plus reposés et plus réceptifs. Cela est moins vrai en dehors de la maternelle : les enfants sont plus fatigués, n’ont pas assez de pause et les ateliers sont trop courts (NDLR : quarante-cinq minutes).» 85% des enfants fréquentent les ateliers. «Ils ont trouvé les activités riches et variées. En revanche, les enseignants se montent plus mitigés : ils reprochent le manque de temps de récréation entre les cours et les activités.»

À la rentrée prochaine, la commune modifiera son organisation : deux journées de six heures et deux autres de quatre heures et trente minutes. En plus des trois heures du mercredi, qui ne bougent pas. « Ce sera plus simple au niveau communal : nous aurons des intervenants durant une heure et trente minutes, permettant de se donner un temps de récréation entre les cours et les activités périscolaires. »

Transports scolaires : 17.500.000 €

Conseiller général de Ferrières-en-Gâtinais, Frédéric Néraud ne s’est pas exprimé sur le fond de la réforme. En revanche, il en a critiqué la forme : « Celle-ci a été détestable. L’État a décidé seul, sans concerter les élus locaux. On aurait pu se donner un peu plus de temps et y mettre les moyens nécessaires. On est dans le flou et l’instabilité : cela ne facilite pas la tâche de ceux qui sont sur le terrain. Un moratoire aurait été une sage décision. »

Dans le département du Loiret, les transports scolaires représentent un coût de 17.500.000 €. Sur ce total, 15.000.000 € sont payés par le Conseil général, la différence, soit 2.500.000 €, demeurant à la charge des familles. Six mille élèves transportés sont concernés par les nouveaux rythmes scolaires, soit cent vingt-quatre communes et cent cinquante-six circuits primaires et maternels. Les cours du mercredi matin conduiront à 130.000 kilomètres supplémentaires. Montant de la facture : entre 150.000 et 300.000 €. S’y ajouteront 400.000 € pour les enfants handicapés, pour lesquels il n’y a pas de participation des familles, ainsi qu’une somme de 55.000 € pour rembourser les différentes régies.

Sénateur UMP, Jean-Noël Cardoux a annoncé le dépôt d’une proposition de loi. Objectif : un moratoire jusqu’à la rentrée 2015 et un financement pérenne et à l’euro près de l’État à l’égard des communes. « J’espère que ce texte sera adopté lors d’une niche parlementaire. » Un avis que ne partageait pas la députée socialiste Valérie Corre : « Je suis consciente des difficultés des communes rurales mais il n’y aura pas de report de la réforme : un moratoire est une illusion. L’instauration de la semaine de quatre jours en 2008 a été une hérésie. J’assume la réforme des rythmes scolaires et je crois en son objectif : un meilleur apprentissage des enfants. »

Président de l’Association des Maires ruraux de France et maire (Modem) de Gargilesse-Dampierre (Indre), Vanik Berberian assistait à la réunion : « Il est illusoire de penser qu’une telle réforme de société puisse se mettre en œuvre en un an. Toutefois, un moratoire n’est pas la bonne solution. Sinon, on en reprend pour trente ans ! En revanche, il faut y aller progressivement et laisser le temps aux communes de s’organiser. »

En guise de conclusion, Pierre-Étienne Bisch, préfet du Loiret et préfet de Région, s’exprima sur la réforme territoriale : « Plus l’espace régional s’étendra, plus le besoin de proximité se renforcera. Gardons de l’humanité dans nos rapports ! »

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