Loiret Agricole et Rural 07 novembre 2013 à 08h00 | Par Olivier JOLY

Conduite d'exploitation - Alain Chaussy a substitué le colza à la betterave

L'agriculteur de Puiseaux a supprimé la betterave et l'a remplacée par du colza. Il a également amélioré ses rendements en orge de printemps de 30 %.

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« Même si tout n'est pas neuf, le matériel est en très bon état car je suis assez maniaque ! » © Loiret agricole et rural « On est de plus en plus solitaire et je ne suis pas certain que cette évolution soit positive. » © Loiret agricole et rural L’exploitation d’Alain Chaussy est constituée de trente-neuf îlots répartis autour de la ville. © Loiret agricole et rural

Producteur céréalier à Puiseaux, Alain Chaussy prendra sa retraite fin 2014. « Je ne sais pas si je suis prêt ou pas : j'ai travaillé toute ma vie et j'appréhende un peu d'arrêter. Ma fille prendra la succession et je continuerai à donner un coup de main si nécessaire. »

Le développement de la mécanisation est le principal changement auquel le professionnel a assisté : au début de sa carrière, il exploitait 180 ha en Gaec avec deux associés. Or depuis une vingtaine d'années, l'intéressé travaille seul sur une surface comparable. Certes, l'extension du village a entraîné des expropriations. Conséquence : une reconfiguration de l'exploitation.

Est-ce le même métier qu'il y a quelques décennies ? « On est de plus en plus solitaire et je ne suis pas certain que cette évolution soit positive. Un peu comme dans une entreprise classique, existe un esprit de compétition entre agriculteurs. » Et qu'une « entraide de raison » atténue à peine : « On est obligé d'acheter les machines à plusieurs si on veut pouvoir les amortir. »

« On n'a pas le droit d'être malade au moment des gros travaux. Sinon, c'est la galère ! » La prise de décision seul ? « À deux, on évite parfois de faire des bêtises » répond Alain Chaussy. Or l'erreur est humaine... « Il faut peser le pour et le contre sur le plan comptable et ne jamais regretter ce qu'on a fait. »

L'individualisme va-t-il s'amplifier ? « Des exploitations disparaissent : en cause, les départs en retraite des exploitants et un manque de renouvellement. Conséquence : les exploitations deviennent de plus en plus grandes. Peut-être qu'à l'avenir les travaux seront effectués par des prestataires de services. »

85 tonnes par hectare

La commune de Puiseaux compte plus de trois mille habitants. Or la ferme de notre interlocuteur se trouve au bord de la rue principale. Le Puiseautin a déjà calculé : « Deux cents voitures passent quotidiennement devant la ferme. » Pas toujours simple quand il faut se déplacer avec du matériel encombrant ! « Ma fille reprendra les terrains et fera construire un hangar en plaine afin d'être tranquille. En espérant un remembrement. » Toutefois, il y a près de vingt ans, celui-ci avait été refusé. Or l'exploitation est constituée de trente-neuf îlots répartis autour de la ville. Afin de ne pas y perdre son latin, l'agriculteur travaille par secteurs : les mêmes cultures pour une zone donnée.

« Ce n'était pas prévu que ma fille reprenne l'exploitation car elle habite relativement loin, à une cinquantaine de kilomètres. » En 2009, le céréalier a racheté deux tracteurs : « Ma fille disposera d'un matériel en double. Le reste, s'il n'est pas neuf, est en très bon état car je suis assez maniaque : ma fille disposera d'un outil de travail en bon état. » Et incarnera la septième génération à la tête de l'exploitation. Or le futur cédant est également grand-père : le grand huit est possible !

En 2007, Alain Chaussy a supprimé ses cinquante-sept hectares de betteraves. « Je voulais que ce soit toujours nickel : cela nécessitait beaucoup de travail et, avec mon épouse, on n'y arrivait plus. En outre, en l'absence d'irrigation, la rentabilité était décevante. Or, en raison du morcellement de l'exploitation, irriguer aurait été trop coûteux. » Si, en année humide, l'ancien planteur parvenait à 85 tonnes par hectare, il descendait à plus de la moitié en année sèche. « Quand j'avais trop de rendement (NDLR : 2.000 tonnes de quota), il fallait que je paye. Idem lorsque j'étais en dessous. Et pareil pour reporter d'une année sur l'autre. »

27 EUR la tonne

En une dizaine d'années, le prix de la tonne de betterave à 16 % a diminué de 40 % : au début des années 2000, l'ancien planteur percevait 60 EUR par tonne. « Puis, régulièrement, les prix ont baissé et des contraintes énormes sont apparues. » Aujourd'hui, un betteravier perçoit environ 27 EUR par tonne (NDLR : sans compter les aides PAC, soit une dizaine d'euros la tonne). « Sans un rendement de 60 tonnes par hectare, ce n'est plus rentable. »

À l'époque, le professionnel livrait à la Vermandoise, à Pithiviers, devenue Cristal Union. Or le groupe coopératif cherche à augmenter ses surfaces betteravières... « Mes successeurs verront cela. Mais lorsque je fais le bilan avec mon comptable, je n'ai aucun regret de faire du colza. À mon âge, il est hors de question de faire de la betterave ! »

Le professionnel poursuit : « Le chiffre d'affaires du colza est comparable à celui d'une production betteravière non irriguée. Or les charges de cette dernière sont supérieures : engrais, désherbants et frais de mécanisation liés à l'arracheuse. » En plus de la moissonneuse-batteuse pour le blé. « Il fallait faire du grain pour aller dans la moissonneuse-batteuse. Il fallait aussi une tête d'assolement. Or le maïs nécessitait une irrigation, ce qui n'est pas le cas du colza. »

 

Un PH compris entre 8 et 8,5

Le céréalier de Puiseaux livre son blé panifiable chez Soufflet Agriculture, un gros négociant. « Celui-ci a des champs d'essais avec des variétés conseillées : on les essaie chez nous et, si cela fonctionne, on continue. J'arrive à un âge où je ne veux plus me compliquer la vie ! » L'intéressé produit du Compil, de l'Alixan et de l'Oregrain : « Des variétés hâtives : sur des terres séchantes, c'est préférable à des variétés tardives. »

Quid de l'orge de printemps ? « On a des variétés au potentiel de rendement très supérieur à ce qu'il était il y a une quinzaine d'années. » En ayant modifié sa façon d'épandre son engrais, notre interlocuteur a augmenté ses rendements de 30 % : « J'apporte mon engrais au printemps et il est assimilable immédiatement. Auparavant, j'opérais à l'automne et l'engrais n'était pas assimilé au printemps. »

Explication : « On a des terres basiques (NDLR : un PH compris entre 8 et 8,5) et non acides. Conséquence : il y a un blocage de phosphore et de potasse qui est long à se libérer. » Alors qu'en mettant de l'engrais au printemps, celui-ci est assimilé immédiatement.

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