Loiret Agricole et Rural 03 avril 2015 à 15h00 | Par Olivier JOLY

Claude Fouassier : « Évitons la langue de bois ! »

Le vendredi 10 avril, l’Amoma organise une conférence-débat consacrée à la réforme territoriale : entretien avec le président de l’association.

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Claude Fouassier : « L’agriculture est au cœur du problème. »
Claude Fouassier : « L’agriculture est au cœur du problème. » - © Olivier JOLY

La réforme territoriale : quelles perspectives pour le milieu rural ? C’est le thème de la conférence-débat organisée par l’Amoma, Association des membres de l’Ordre du mérite agricole, le vendredi 10 avril à partir de 17 heures, à l’Espace Florian de Châteauneuf-sur-Loire, 9 avenue Albert-Viger. Cinq orateurs débattront : Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret, Charles-Éric Lemaignen, président de l’Agglo d’Orléans et de l’Assemblée des communautés de France, Gérard Gautier, président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises, Xavier Beulin, président de la FNSEA et du Conseil économique, social et environnemental régional, et Michel Masson, président de la chambre d’agriculture. Président de l’Amoma, Claude Fouassier répond à nos questions.

Loiret agricole et rural : Quels sont les objectifs de cette conférence et à qui s’adresse-t-telle ?
Claude Fouassier : Elle s’adresse à l’ensemble des citoyens et en particulier aux ruraux pour les sensibiliser aux conséquences de la réforme territoriale. Nous voulons aussi sensibiliser les élus départementaux et plus généralement ceux qui nous dirigent : l’abandon du milieu rural aura de grandes conséquences.

LAR : Qu’attendez-vous des interventions de Jean-Pierre Sueur et de Charles-Éric Lemaignen ?C.F. : L’objectif est qu’ils s’expriment par rapport aux lois qui sont en train de se mettre en place. Nous avons besoin de remettre à plat le mille-feuille administratif. Mais il n’y a aucun projet à long terme. On l’a vu à travers la refonte des régions. Même chose avec les départements. Ils devaient être abandonnés. Or ils réapparaissent quelques semaines avant les élections et on leur confie des missions un peu plus précises ! On avance d’un pas et on recule de deux. Sous la pression des médias, du pouvoir politique ou de la rue. Conséquence, rien n’est fait sérieusement. Je crains que nous restions dans ce système manquant de clarté. Par ailleurs, cette réforme aboutit à une diminution du nombre d’élus ruraux : au Conseil départemental, l’attention portée au milieu rural sera moindre.

Huit jours avant des élections…

LAR : Y a-t-il une ou plusieurs ruralités ?
C.F. : Plusieurs. Les territoires ruraux proches des villes bénéficient de leur attraction. En revanche, les territoires ruraux n’ayant qu’une activité agricole ou artisanale peinent énormément: les entreprises n’ont pas accès au haut-débit. Les scolaires, pour faire leurs devoirs, n’ont pas de connexion Internet puisqu’il n’y a pas de débit suffisant. La remarque vaut aussi pour les agriculteurs et leurs déclarations PAC. Même chose pour le télétravail : si on ne dispose pas d’une liaison Internet, c’est utopique d’y penser. On fabrique une société à deux vitesses et nos élus ainsi que l’administration n’en prennent pas conscience.

LAR : Le clivage urbain/rural est-il toujours d’actualité ?
C.F. : Lors des cinquante dernières années, il y a eu un rapprochement des deux univers en raison d’une attention particulière portée au monde rural : sauf quand on se trouve dans des contrées très éloignées, on bénéficie d’un certain nombre de services. Or je crains que la réforme territoriale ne recrée une distance entre ceux qui habitent en milieu rural et ceux qui habitent en milieu urbain.

LAR : Et l’agriculture dans tout cela ?
C.F. : Elle est au cœur du problème. L’agriculteur et sa famille sont obligés de vivre en milieu rural: les services doivent y être présents. Il y a non seulement les gens en activité mais aussi les jeunes. Comment voulez-vous maintenir une population jeune attachée au milieu rural si les services sont inexistants ? Même chose pour les services auprès des personnes âgées. Pour bénéficier des services de santé, on a besoin de se déplacer. Un certain nombre de services doivent être mis en place pour tenir compte de cet éloignement. Tout ce qui pénalisa notre mobilité nous coûtera cher et posera un certain nombre de questions sur le devenir du milieu rural. Huit jours avant des élections, le Premier ministre s’est rendu dans l’Aisne pour dire qu’il allait apporter beaucoup d’attention au milieu rural : cela m’interpelle !

LAR : Un mot de conclusion ?
C.F. : J’attends de cette conférence qu’il y ait un réel échange. Évitons la langue de bois ! Sans aménagement de cette réforme, le milieu rural est en danger d’abandon.

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