Loiret Agricole et Rural 06 juin 2014 à 14h58 | Par Olivier Joly

Cipan en terres argileuses - Une aberration agronomique, économique et écologique!

Le cinquième programme d’actions supprime la dérogation relative aux Cipan : les producteurs craignent une remise en cause de l’équilibre économique de leur filière. 2 pages d'interviews dans la parution du 6 juin 2014

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Situation sur Juranville © ITB Situation sur Audeville © ITB Situation sur Audeville © ITB Situation sur Puiseaux © ITB Situation sur Puiseaux © ITB Situation sur Puiseaux © ITB Situation chez Hervé Fouassier à Ouzouer sous Bellegarde © ITB

L'article de cette semaine regroupe les interviews de Pierre Houdmon (ITB), de Jean-Michel Broc (Directeur des sucreries de Toury et Pithiviers el vieil) et d'Hervé Fouassier(betteravier)pour la partie betteraves . Et de Lucie Taudon-Vallier d'AgroPithiviers  et Jean-Christophe Huré (céréalier) pour les céréales.


Tous les interlocuteurs expriment leur incompréhension et leur saturarion face à la situation administrative du 5eme programme de la Directive Nitrates en terres argileuses.

Extrait avec l'interview d'Hervé Fouassier


"L’aveuglement réglementaire sans prise en compte des réalités pédoclimatiques du secteur nous handicape alors que les sols sont déjà très difficiles à travailler."

Dans le cadre du quatrième programme d’actions de la directive nitrates, il existait une dérogation permettant de ne pas implanter de Cipan dans les terres argileuses à plus de 40 %. Commentaire d’Hervé Fouassier, céréalier et betteravier à Ouzouer-sous-Bellegarde sur des terres argileuses : « Nous sommes sur des terres où il y a peu ou pas de lessivage. Or cela est prouvé. » Depuis quatre ans, l’agriculteur réalise des essais avec l’Institut technique de la Betterave portant sur des mesures de reliquats tous les mois. Bilan : « Dans nos sols, il y a peu de reliquats post-récoltes : la plante étant alimentée jusqu’à la fin de son cycle, elle utilise tout l’azote du sol ce qui a été démontré techniquement. Deuxième point : il y a très peu de lessivage. »

La justification de la dérogation résidait dans le travail du sol mené entre la fin de l’été et le début de l’automne : « Depuis quinze ans, nous avons mis en place des techniques de préparation du sol pour les cultures de printemps : orge, tournesol et betterave. Grâce à ce système, on a une structure de sol favorable au printemps pour une bonne implantation. »

 

Une augmentation des coûts

Le cinquième programme d’actions, qui entrera en vigueur à l’automne prochain, supprime la dérogation. « Une remise en cause de nos pratiques agronomiques juge Hervé Fouassier. Cette année, en raison des pluies de l’automne et d’un hiver sans gel, au printemps, la structure des sols est épouvantable ! » Le professionnel en tire deux conséquences. Premièrement, une mauvaise levée de betteraves pour les parcelles ayant reçu une Cipan : 10 à 20 % contre 80 à 90 % pour les parcelles en préparation d’automne sans Cipan. « Or en l’absence d’irrigation, la préparation et la structure des sols sont fondamentales pour la réussite d’une culture et l’obtention de bons rendements. » Deuxième conséquence : une augmentation des coûts liée au travail du sol et à l’implantation des Cipan entre la fin de l’été et le 15 septembre. Suivie d’une destruction chimique. S’y ajoute le passage d’un outil pour repréparer le sol en hiver car il reste des débris de végétaux en surface.

Un aveuglement réglementaire

« Avec les nouvelles contraintes de la 5e directive nitrate, même aménagée aux sols argileux, nous devons réaliser l’ensemble de nos préparations d’autonome et semis de Cipan avant le 10 septembre. Nos pratiques agronomiques sont totalement bouleversées et on risque de se retrouver certaines années devant une impasse technique et agronomique pour l’implantation de nos cultures de printemps » Au-delà du risque de déconvenues, notre interlocuteur pointe un autre danger : « L’abandon des cultures de printemps. Ce qui serait une remise en cause de l’équilibre économique de la filière betteravière. » Les cinq sucreries de la région travaillent, pour environ un quart de leurs approvisionnements, avec des planteurs situés en terre argileuse : « Les nouvelles contraintes risquent de faire baisser les approvisionnements. L’aveuglement réglementaire sans prise en compte des réalités pédoclimatiques du secteur nous handicape alors que les sols sont déjà très difficiles à travailler. Attention à ne pas trop fragiliser des exploitations ayant subi deux années difficiles suite à des précipitations fortement excédentaires ! »

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