Loiret Agricole et Rural 14 septembre 2018 à 08h00 | Par Olivier Joly

Christiane Lambert : « Nous sommes présents au rendez-vous promis »

La dix-septième édition d’Innov-Agri, salon agricole de plein-champ, s’est déroulée à Outarville (Loiret) les 4, 5 et 6 septembre. Un rendez-vous lors duquel la présidente de la FNSEA a lancé officiellement la mise en œuvre du Contrat de solutions.

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- © Olivier Joly

Le mercredi 5 septembre, à l’occasion d’Innov-Agri, Christiane Lambert se trouvait à Outarville (Loiret) afin de lancer officiellement la mise en œuvre du Contrat de solutions. La présidente de la FNSEA a d’abord donné une conférence de presse avant de découvrir le stand dédié : à l’issue de sa visite, elle accepté de répondre à nos questions. Entretien.

Quels sont les objectifs du Contrat de solutions ?

Christiane Lambert : Réunissant quarante partenaires, celui-ci vise à trouver des solutions concrètes pour les agriculteurs soumis à des interdictions. Trois cent soixante actions ont été identifiées, dont trente-six sont disponibles aujourd’hui et, à Innov-Agri, nous passons à leur déploiement. Objectif : porter à la connaissance des agriculteurs des solutions à leur problématique de protection des plantes (insectes, ravageurs, adventices, etc.). Nous combinons plusieurs actions à travers différentes fiches. Mais ce qui importe, c’est que nos relais que sont les prescripteurs des chambres d’Agriculture, des centres de gestion, des coopératives, des négoces ou des constructeurs apportent ces solutions au plus près des agriculteurs : biocontrôle, désherbage mécanique, etc. Nous avons passé le cap du rejet et nous sommes désormais dans l’appropriation de la démarche. L’enjeu est double : avoir des exploitations économiquement rentables et répondre à une attente sociétale exprimée parfois bruyamment. À savoir : réduire l’utilisation des produits phytosanitaires et leur impact sur l’environnement. C’est historique qu’autant d’organisations travaillent ensemble. Une trajectoire de progrès : l’innovation nous apportera les solutions dont nous avons besoin pour la protection des plantes. La démarche est très méthodique et cela plaît aux agriculteurs.

Comment celle-ci est-elle née ?

C.L. : Le 21 juin 2017, soixante agriculteurs étaient réunis à la FNSEA et se sont demandés comment faire face à l’incompréhension de nos concitoyens en matière de protection des plantes. Nous essuyons souvent des critiques et nous nous remettons en question. Mais, parfois, nous nous heurtons à des absences de solutions. Or nous avons besoin d’en trouver. Le 14 novembre suivant, avec une quinzaine de partenaires, nous avons lancé l’idée d’un Contrat de solutions. Ensuite, nous avons identifié tout ce que l’on pourrait proposer aux agriculteurs : cela figure dans un catalogue de solutions. Puis le cercle s’est élargi : lors du Salon de l’agriculture, nous étions vingt-sept. Et le 11 juillet dernier, lorsque nous avons rendu notre document public, nous étions quarante partenaires. Nous sommes présents au rendez-vous promis. Nicolas Hulot le savait. Il avait dit : « Ce Contrat de solutions, je le fais mien. » Il l’avait même défendu devant des ONG assez critiques. Nous avions donc partagé avec l’ancien ministre, très volontaire sur ce sujet, l’engagement de la profession agricole. (…) Je suis moi-même agricultrice et je déteste avoir une impasse dans mon exploitation ! En tant que présidente de la FNSEA, j’ai la capacité de mobiliser les acteurs qui nous amènerons des solutions. Ce matin, on a vu le représentant de la filière plants de pommes de terre certifiés : dix ans de recherche mais 50 % de produits phytosanitaires en moins ! Lors du Salon de l’agriculture, c’était dix-sept années de recherche pour obtenir une variété de vignes résistante au mildiou et à l’oïdium et réduire de 70 % l’usage des phytosanitaires. Le temps technique ne s’accommode pas toujours du temps médiatique ou politique. Mais nous sommes au travail !

Le Contrat de solutions vise-t-il uniquement les grandes cultures ou bien l’ensemble des filières ?

C.L. : Le Contrat de solutions, nous l’avons voulu toutes filières : tous les instituts techniques sont présents (vins, fruits et légumes, grandes cultures, oléoprotéagineux, etc.) ainsi que l’Institut national de la Recherche agronomique et l’Irstea (Institut national de Recherche en Sciences et Technologies pour l’Environnement et l’Agriculture). En fruit et en vigne, la production intégrée existe depuis longtemps : ces filières ont été source d’inspiration. Mais, aujourd’hui, nous cherchons des solutions tous azimuts. Et ce qui est présenté à Outarville, la bineuse pour le blé ou le phosphore de fer pour les anti-limaces sur colza, montre bien qu’en grandes cultures aussi les solutions s’accélèrent.

Comment envisagez-vous de procéder pour que les agriculteurs s’approprient la démarche ?

C.L. : Il y a des salons comme celui-ci, des réunions en bouts de champs organisées par les coopératives, les groupes de progrès et les chambres d’Agriculture ainsi que les formations financées par Vivéa. S’y ajoutent le bouche à oreille et les conseils techniques des constructeurs de matériels. Des sites Internet permettent également de trouver des solutions et des agriculteurs pionniers postent leurs initiatives sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, ce matin, il y avait des représentants des Maisons familiales rurales. Or c’est très important que les jeunes, dès leur formation initiale, appréhendent ces sujets.

Que pensez-vous de la nomination de François de Rugy en remplacement de Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique ?

C.L. : François de Rugy est un écologiste historique puisqu’il a été engagé à Europe Écologie les Verts. Nous l’avions rencontré lorsqu’il était député et je le connais bien puisqu’il est des Pays de la Loire. Lors de sa prise de fonction, il a déclaré qu’il fallait s’appuyer beaucoup plus sur l’économie verte et qu’il fallait concilier économie et écologie : c’est ce que nous pensons. (…) Quelle que soit l’orientation de nos exploitations, végétale ou animale, nous prenons en compte les problématiques environnementales. Il y a ceux qui parlent. Nous, nous faisons. Et avoir les mains dans la terre tous les jours est un peu plus compliqué, surtout quand le climat n’est pas de la partie !

Vous serez amenée à rencontrer le nouveau ministre assez rapidement : que lui direz-vous lorsque vous le verrez ?

C.L. : Nous lui présenterons tout ce que nous faisons en matière d’amélioration des pratiques et de formation. Nous lui présenterons également le Contrat de solutions, notre plan biodiversité mais aussi nos contingences dans les politiques publiques ainsi que nos difficultés à équilibrer les comptes : certaines améliorations sont coûteuses et nous n’avons pas les moyens de tout faire immédiatement. Ce qui nous importe, c’est que le nouveau ministre soit un homme d’écoute et un trait d’union entre les acteurs économiques et environnementaux.

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